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Passi Ere Afrique
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Rencontre avec Passi à Paris avant son passage à l’Empreinte le 26 octobre 2013

Tu alternes entre carrière solo et participation avec des groupes, pourquoi ce choix ?
Je suis issu d’une famille nombreuse (ndlr sixième sur sept enfants). J’ai toujours été entouré de plein d’amis, donc je me sens à l’aise dans une configuration à plusieurs et j’en ai besoin. J’aime aussi que nous fassions la fête tous ensemble avec mes proches artistiques. Mais j’ai aussi parfois besoin de me prouver que j’arrive à faire des choses seul. Toutefois, j’ai souvent des invités sur mes albums solos.

Quand je monte sur scène avec le collectif de Secteur A ou Bisso Na Bisso ou encore Dis l’Heure 2 Zouk, je suis content car je suis avec d’autres artistes qui m’amènent leurs forces, leurs visions, leurs talents… Donc on devient plus fort encore, mais après j’ai envie de me remettre en danger et je repars sur un projet plus personnel.

C’est pour toi la même approche artistique dans les deux situations ?
Quand je suis seul, je suis sur toutes les décisions, avec une équipe autour de moi, mais avec une poids majeur dans le résultat final. Alors que sur un projet comme Bisso Na Bisso, il y a mes avis personnels qui passent, d’autres non… Tu dois composer avec toute l’équipe pour avoir une bonne émulsion, l’idée peux venir de l’un des membres puis être modifiée…

D’où ton implication aussi comme producteur (ndlr Issap Productions depuis 1998) ?
Non, producteur c’est plus. Car des personnes n’ont pas cru dans certains des projets comme Bisso au début ou Dis l’Heure 2 Zouk. Si je n’avais pas été producteur, nous n’aurions jamais pu mettre les premières pierres de ces projets. Être producteur, c’est aussi avoir ses studios et de l’autonomie dans la recherche !

Je me vois comme un petit scientifique fou dans son studio qui mélange tel son avec tel autre (rires), j’aime vraiment la création. J’adore écrire, conceptualiser, réaliser, derrière le micro, la caméra… J’aime tous ces métiers. Après tout dépend comment je suis utilisé ou je m’utilise, je peux être la en simple invité ou en « faiseur ».

Tu te vois comment par rapport au business de la musique, comme un artisan ?
Oui tout à fait. Mais en même temps pour continuer dans ces métiers, il faut réussir à vendre, mais je ne suis pas très très bon businessman… Je me bats sur plein de projets et j’arrive à éveiller de temps en temps l’engouement chez mes partenaires. Même si, aujourd’hui, il y a des choses qui paraissent évidentes.  Par exemple, « Face à la mer » avant sa sortie et son succès, c’était moins évident pour le côté business !

Mais Calo et moi, nous avons dit ce mélange là va marcher, avec des réponses comme : « oui mais c’est pas rap, c’est pas pop, c’est pas… » Il a fallut que nous y croyions fort de notre côté (rires). Quand tu me proposes une participation, si je dit oui j’y vais à fond et je prends mes responsabilités.

Pourquoi j’ai fait tout ça ? C’est une question qui revient souvent, je viens du rap, du 95… J’aime encore une fois être en danger et j’ai voulu prouver qu’au dessus du rappeur, il y avait un mélomane, un musicien, un rêveur, un parieur… J’ai voulu miser au dessus de ce mec qui est originaire du Congo, venant de son quartier de Sarcelles et dépasser ce qu’on attendait de moi !

Tu te vois comme un aventurier de la musique ?
Pas trop, ça me fait penser au fouet avec Indiana Jones… (rires)

Passi, un explorateur musical

Aventurier dans le sens recherche, exploration ?
Alors là oui. Je fais partie des pionniers du rap français (rires). Nous sommes les premières générations à avoir fait du rap… C’est aussi un défaut parfois d’être trop pionnier, tu rates des rendez-vous ! Et un an après ou plus, cela fonctionne avec nous ou une autre personne.

Tu es déçu dans ces cas là, quand le projet marche pas ?
Non, ce n’est pas grave, je réessaye encore une fois (rires) !  Cela fait partie du jeu. Personnellement, je suis déjà très content d’avoir plusieurs fois rencontré le public, avec le partage de refrain, de chansons… Avec Calogéro, Bisso, Ministère AMER, et même en solo avec « Je zappe et je mate » ou encore Secteur A, des publics différents, des moments différents…

Au début du rap, on nous disait qu’il n’y avait pas de marché du disque pour ce type de musique et aujourd’hui nous savons que c’est faux. Pour Bisso pareil. Depuis, chaque été, il y a un tube afro. Cela a ouvert un marché…

Tu es fier de ce retour ?
Oui, bien sur (il hésite puis enchaîne). Mine de rien, tant de nuits de travail, de journées de travail, c’est une passion. C’est évidemment ce que je souhaite à tous les passionnés comme moi, qui créent, cette reconnaissance du public, d’un public est importante.

C’est l’essence qui nous permet d’avancer et d’être encore là aujourd’hui. Échanger avec le public sur scène ou quand des gens me disent qu’ils ont aimé telle ou telle partie de ma musique ou encore échanger comme aujourd’hui avec toi. Même si le métier est devenu difficile avec notamment Internet, c’est un très bon métier.

C’est un beau métier, tu es d’accord ? (après un oui, il continue). On partage des sentiments, des avis. On ne demande pas aux gens de voter pour nous. Bien sur on aime quand les gens achètent nos disques, viennent nous voir sur scène, nous félicitent… Cela nous permet de vivre, mais en même temps, la musique quand tu allumes ta radio, elle est dans l’air donc gratuite dans une certaine mesure. Quand tu trouves des gens qui partagent tes sentiments, ton univers… Tout cela, c’est de l’énergie positive pour l’artiste et le pousse à continuer et en faire encore plus.

Ton image va au delà du monde du rap. Ton public est plus large, comment tu expliques cela ?
Tu sais, j’aimes bien dire aux artistes avec qui je bosse, qu’un rap quand il devient bon, ce n’est plus un rap, c’est une chanson. Un des rappeurs pour moi qui a fait le plus de chansons, c’est Mc Solaar. Quand son titre de rap (ndlr il parle de « Caroline ») était chanté par toute la France et les titres suivants comme « Nouveau Western« , cela devient chanson. Moi, cela m’est arrivé avec « Je zappe et je mate« , les gens reprenaient la 1, la 2… Ce titre est devenu une chanson et pas seulement un rap.

Quand tu dépasses ce stade là, tu touches d’autres personnes avec les textes et la musique, pas seulement pour toi en tant qu’artiste. C’est important de dire cela, quand tu vis en région parisienne, tu crois que ton public est urbain et c’est faux. En même temps, quand tes titres commencent à bien marcher une fois, deux fois, trois fois, tu deviens une marque et une personnalité publique. Tu commences à passer dans d’autres magazines pas forcément pour ta musique, mais aussi pour telle soirée, telle action, telle bêtise…

Cela te gêne cette « appropriation » de ta personne en dehors de la musique ?
Ça te gêne quand tu as une galère, mais sinon cela fait partie du jeu.

Pourquoi avoir nommé ton dernier album « Ere Afrique » ?
Je sortais d’une tournée Bisso Na Bisso. J’étais en train d’envisager deux nouveaux projets et j’ai rencontré beaucoup d’artistes avec qui je voulais croiser le micro. Avec « Ere Afrique« , je me suis fait une tournée africaine, caribéenne de duos : Haïti avec Milca, les Antilles avec Jocelyne Labylle, Kinshasa avec Fally Ipupa, Cameroun avec Manu Dibango, Côte d’Ivoire avec Meiway, Bisso Na Bisso et Lapiosh c’est mon Congo, Afrique du Sud avec Sphum, un morceau sur le printemps Arabe avec Lotfi Bouchnak (chanteur tunisien) et Youness (chanteur marocain)…

Cela rappelle aussi l’ancienne compagnie aérienne Air Afrique. Tu sais pour moi les solutions pour l’Afrique de demain, c’est aussi l’entraide.  Les gens entre de ces pays ! Depuis Bisso Na Bisso, on milite pour qu’un jour il y ai les États-Unis d’Afrique. C’est bien d’avoir des aides de l’extérieur, mais il faut aussi se donner un maximum de chances, rien que sur le continent africain.

Moi enfant d’Afrique et français en même temps, avec les études, ce que j’ai appris avec l’Europe, si j’ai un message à donner à mes frères africain, c’est commencer déjà l’échange intra-africain, au lieu d’attendre tout le temps des aides du monde.

C’est l’un des messages de l’album ?
Oui, il y a un tiers de musique « consciente« , mais il y aussi un tiers de musique « lovers » et un tiers de musique festive, c’est à l’image de l’Afrique selon moi.

Parler de sujets de sociétés pour un artiste c’est important ?
Je ne sais pas. Je l’ai toujours fait. Plus encore au temps de mes débuts, ce n’était que ça. Mais aujourd’hui, cela ne représente plus qu’un tiers des titres, j’évolue (rires).

C’est un album solo ?
C’est un album de Passi avec des titres en duo. Je l’ai fait avec le feeling du moment. J’ai été sur scène il y a deux mois au festival de Jazz à Vienne invité par Manu Dibango, un moment inoubliable. Pour les fêtes du 14 juillet, j’ai chanté « Face à la Mer » avec Calogero et l’Orchestre National Philharmonique.

Ce sont ces expériences que j’apprécie, jouer dans d’autres univers où le public ne m’attend pas forcément. C’est aussi la raison pour laquelle mon public dépasse largement les frontières du rap. En plus, je suis dans le « circuit » depuis un moment, les gens commencent à m’identifier au bout de 20 ans et dire : « je l’ai déjà vu quelque part… » (rires).

Tu aimes aussi cette diversité artistique (auteur, compositeur, interprète, production, télévision, cinéma…) ?
Oui, c’est l’un de mes moteurs cette diversité. En ce moment, j’ai une petite rubrique sur France 4 dans l’émission « Pourquoi c’est culte ? ». Je parle des musiques urbaines, de soul.. J’aime cette complémentarité. Quand je suis sur scène ou dans une vidéo, j’interprète alors je me dis pourquoi pas au théâtre, dans un film…

J’adore la création artistique audio-visuelle. Je dis souvent aux artistes que je produis : « Tu ne chantes pas la pluie et le soleil de la même façon ! ». Avec ta voix, tu as déjà ce côté interprétation, au cinéma tu y ajoutes la gestuelle. Je pense que c’est plus dur sans l’image tu dois faire ressentir les émotions juste avec ta voix !

Je n’ai pas encore fait beaucoup de rôles (flic, tueur en série, le rasta cinéaste…). Je m’amuse beaucoup à travers ces rôles, même si c’est du travail ?

Revenons à la musique, cela te fait quoi de jouer dans des petites salles ?
Cela fait un moment que je n’ai pas fait de « petites » salles. Dans ce contexte musical, j’ai besoin d’aller vers le public, de proposer ma musique sous un autre format. Aujourd’hui je suis en indépendant, mais je me vois surtout comme un artisan créatif.

La musique a beaucoup changé en 20 ans ?
Non les bases de la création sont restées identiques, mais ce sont les moyens et le temps qui ont diminué… C’est toute la société qui va plus vite… Je crois que nous faisons partie des premiers à avoir vécu la crise actuelle depuis environ 10 ans. Toutefois, quand on chante (ndrl les artistes) généralement on ne vient pas pleurer, on s’adapte !

Il y a de nouvelles solutions à trouver pour notre distribution notamment sur Internet. Nous ne touchons pas tous les droits pour lesquels notre musique est diffusée. Le risque majeur se situe au niveau de la production, nous avons de plus en plus de reprises, et moins de création, en tout cas en distribution nationale et internationale. Récemment, j’ai fait un calcul dans une émission sur 10 titres, sept étaient des reprises !

Produire chez toi plutôt que dans un studio, c’est déjà en soi une approche artistique différente. Si c’est voulu cela peut être intéressant, si c’est par économie, souvent cela se ressent ! Mais bon, l’être humain aura toujours besoin de musiques, je reste positif !

Dernière question, tu vis aussi en Seine-et-Marne, c’est quoi ta Seine-et-Marne ?
C’est Coulommiers, Mouroux, ces coins-là ! Je suis devenu parisien pour la musique avec tout ce que cela implique le speed, le stress… J’adore la Seine-et-Marne car je dis souvent : « C’est mon coin de campagne à une heure de Paris, avec des espaces verts, des forêts, du calme… ! » J’adore ce département, il respire !

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