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Yves Duteil © Eric Vernazobres
Yves Duteil © Eric Vernazobres

Yves Duteil fragiles 2008

La-seine-et-marne.com a réalisé pour la deuxième fois une interview avec Yves Duteil. L’occasion de parler ainsi durant près d’une heure de son nouvel album « (fr)agiles », de sa carrière, de son mandat de maire de Précy-sur-Marne, mais également de sujets d’actualité qui lui tiennent à cœur.

Un nouvel album

Yves Duteil, vous avez attendu sept ans avant de sortir votre nouvel album « (fr)agiles », votre 13ème album. Que s’est-il passé pendant tout ce temps ?
Nous avons traversé des épreuves à titre personnel. Celles-ci laissent aussi des traces par rebond (ndlr Yves Duteil associe son épouse Noëlle à sa carrière). Le contrecoup est donc venu plus tard, puisqu’entre-temps j’ai publié en 2001 l’album « Sans Attendre ».

Je n’arrivais pas à prendre ma guitare, à écrire… Noëlle m’a vraiment remis dans les conditions optimales de l’écriture. La production d’un nouvel album qui est, selon moi, dans le contexte actuel un acte de résistance.

Tout s’est fait à la fois dans un travail de fond assez long, mais les collaborations, l’enregistrement de l’album, tout a été très vite. C’est comme si les pièces du puzzle se mettaient tout d’un coup en place.  A quinze jours de l’enregistrement, nous avons tout remis en cause, comme pour le spectacle.

Danièle Molko a provoqué les collaborations avec Véronique Sanson, Art Mengo, avec Alain Cluzeau pour la réalisation de l’album, avec Néry pour la mise en scène du spectacle.  Les chansons ont été réécrites des dizaines de fois en changeant un mot, un couplet, l’ordre, la structure. Cela m’a même posé des problèmes de mémorisation ! Mais au final c’est comme un grand puzzle qui se met en place.

Un bon accueil du public

Votre public accueille visiblement avec enthousiasme  cet album. Vous le ressentez comment en tant qu’artiste ?
Je le ressens avec bonheur parce que je vais pouvoir maintenant le défendre pendant plusieurs années en concert. Il est à la fois fidèle à ce que j’ai toujours défendu et aimé. Il offre une dimension supplémentaire grâce à la rencontre de compositeurs différents comme Art Mengo ou Véronique Sanson, à la participation d’A Filetta, de Jean-Pierre Marcellesi. Alain Cluzeau qu’on a plutôt vu au côté de Bénabar ou d’Olivia Ruiz, a assuré la réalisation de l’album. Il a développé d’autres potentialités musicales, avec Fabrice Ravel-Chapuis aux arrangements. Et puis les musiciens du disque ont tous moins de 30 ans.

C’est un album très acoustique. Entre la musique d’il y a 20 ans et ce que je fais aujourd’hui.  Il y a un énorme pas en avant, mais ce cheminement s’est fait au fil des années. Contrairement à ce que les gens me demandent parfois avec bienveillance (« Vous avez arrêté de chanter ? Votre fonction de maire vous éloigne de la chanson ? »), je n’ai jamais arrêté de chanter, ni de faire des spectacles.

Nouvel album « (fr)agiles » ©Photos Eric Vernazobres
Nouvel album « (fr)agiles » ©Photos Eric Vernazobres

Un album avec des rencontres artistiques

C’est vous qui avez cherché à provoquer ces rencontres musicales ?
Oui, j’en avais très envie. Tout s’est fait par affinités. Art Mengo, nous l’écoutons en boucle dans la voiture. « Ultra marine » et « Embargo » sont deux chansons magnifiques ! Très simples, l’une accompagnée juste avec un piano et l’autre simplement avec une guitare. Je suis « jaloux » de n’avoir pas écrites. Véronique Sanson est une amie et depuis longtemps j’avais envie d’écrire avec elle. Je souhaitais aussi depuis plusieurs années travailler avec le groupe corse A Filletta . Je leur ai envoyé la maquette de « Tu m’envoles » et je leur ai proposé d’imaginer la fin en toute liberté. Ils l’ont fait. Je n’ai pas encore atterri !

Quelles sont les chansons importantes pour vous dans cet album « (fr)agiles » ?
Je ne vais pas faire une pirouette en disant qu’elles me plaisent toutes, même si c’est vrai. Mais « Elle ne dort », c’est une chanson poétique pour celle qui veille sur les gens qu’elle aime « Elle ne dort que si tout s’est éteint au dehors. » Quand je la chante, j’ai toujours le sentiment d’une magie.

Dans chaque chanson, il y a quelque chose qui me touche de près et me donne envie de la défendre. Je suis très fier de cet album où j’ai mis beaucoup de moi-même. Nos expériences personnelles du Tsunami, la violence faite aux femmes, les hommages, la tendresse, la force et la fragilité.

Un version jazz

La version « La note bleue », issue de votre dernier album, a été revisitée en version Jazz dans votre dernier spectacle Parisien du Dejazet. Avez-vous déjà pensé à créer un album résolument orienté Jazz Bossanova ? Ou craignez-vous que la rupture soit trop grande ?
Quand nous avons commencé à travailler avec Angelo Zurzolo (piano) et Gilles Bioteau (contrebasse) pour la scène, « La note bleue » s’est orientée spontanément vers un côté plus jazzy, qui ressemble davantage à Nougaro. De la même manière, « Sur le clavier du grand piano » a retrouvé en concert son petit air « Véro » que nous avions voulu estomper sur l’album pour ne pas trop coller à son style.

Faire un album entièrement consacré au jazz et à la Bossanova, j’avoue que cela m’a effleuré souvent. Sur l’album précédent, nous avions enregistré une adaptation de « Samba em preludio » de Baden Powell et Vinicius De Moraes (« Vivre sans vivre »), avec Bernard Paganotti à la contrebasse et Dédé Cecarelli à la batterie. J’étais à la guitare et Bia chantait avec moi en duo.

Nous sommes sortis de la séance d’enregistrement, saisis par la magie du moment et nous avons gardé cette version pratiquement sans y toucher. C’est un vrai bonheur de faire de la bossa. Pour « Si j’entrais dans ton cour », nous avons volontairement voulu nous décaler du côté traditionnel, tout en gardant l’empreinte du Brésil. Hélas, faire un disque dans cet esprit, à 100% bossa nova, relèverait du parcours du combattant éditorial.

Un DVD sur le spectacle

Le spectacle parisien vient juste de s’achever, vous travaillez en ce moment même au DVD. Pouvez-vous nous parler de la conception de ce DVD ?
Aujourd’hui, il est important de laisser aux spectateurs le souvenir de ce qu’ils ont vécu. le spectacle est mis en scène par Néri (Les VRP, les Nonnes Troppo). Je n’ai jamais mis en scène auparavant mais depuis ce spectacle, je me demande comment j’ai pu m’en passer jusqu’à présent.

C’est un fil conducteur poétique, avec l’émotion à la clé. Je voudrais qu’il reste une trace de ce spectacle, qui va voyager en France et à l’étranger : Québec, Japon. Nous avons enregistré une des dernières représentations du Dejazet.

Une chanson pour Michel Fugain

Michel Fugain vous a rendu hommage dans une belle lettre qu’il vous a adressée. On peut la lire sur votre blog. Il vous a confié l’écriture de sa dernière chanson « Bravo et merci ». Y êtes-vous sensible ?
Oui il m’a laissé carte blanche. Il voulait faire une sorte de feu d’artifice de fin de carrière pour rendre hommage à tous ceux qui lui avaient donné envie d’écrire. Savoir que j’en faisais partie est quand même incroyable ! J’ai chanté toutes les chansons de Michel au début de ma carrière. Il a influé sur mon écriture. Pour moi cette chanson ferme une boucle magique.

J’ai repris son idée, et j’ai écrit « Bravo et merci à Michel Fugain ». Quand il a reçu le texte, il m’a dit « on pourrait changer l’angle de la caméra et que ce soit le public qui remercie les auteurs qui lui ont donné du plaisir ». Cela a été un peu un tremplin pour me remettre à la création. J’ai pratiquement commencé la musique d’ « Où-tu vis Pauline ? », chez lui, sur son piano en Corse.

Des chansons intemporelles

Que ressentez-vous par rapport au fait d’être associé dans la mémoire collective à quelques chansons, alors que vous en avez écrit de nombreuses autres ?
Je considère que c’est une chance inouïe (Yves Duteil insiste sur le mot) d’avoir déjà une chanson dans son répertoire comme « Prendre un enfant », mais aussi « Pour les enfants du monde entier » ou « La langue de chez nous ». C’est le fil qui conduit aux autres chansons, moins connues. Pour la suite, je suis ma propre vitrine, c’est donc à moi d’impulser l’image que j’ai envie de donner aujourd’hui.

En revenant sur le devant de la scène, vous avez choisi d’ignorer certaines dérives médiatiques. Ne craignez-vous pas un nouveau déchainement de certains médias ?
Je suis mieux armé pour me défendre aujourd’hui ! Et puis, j’ai le sentiment que la vague est passée, certaines formes de dérision sont devenues un lieu commun. Je n’en ai plus peur, mais je n’ai pas envie non plus de m’y exposer. Je souhaite apparaître comme un artiste d’aujourd’hui et non comme un chanteur d’hier . Il me parait important de promouvoir mes chansons les plus récentes.

Les médias moins présents

Comment réagissez-vous face à cet éloignement des médias qui vous a isolé longtemps, alors que votre public, visiblement, ne vous a jamais lâché si l’on s’en réfère à la lecture du blog ?
Le public est informé par les médias. S’il y a un défaut d’information, le public ne pourra pas suivre, Il ne peut pas être attiré par un spectacle dont il n’a pas connaissance. Il ne peut pas acheter un disque dont il ignore l’existence, s’il n’y a pas d’information, la notoriété ne suffit plus.

Yves Duteil ©Photos Eric Vernazobres
Yves Duteil ©Photos Eric Vernazobres

Un blog très actif

Sur votre « blog à part » sur www.yvesduteil.com, on est surpris par la diversité et la richesse des sujets traités. Vous abordez largement un grand nombre de causes qui vous tiennent à coeur. Cela vous prend beaucoup de temps ? Qu’en attendez-vous exactement ?
Le blog est un contre-champ, une manière différente de communiquer avec le public. C’est aussi un lien direct. Dans mon métier nous sommes souvent dans la lumière de quelqu’un d’autre. Sur le blog, c’est moi qui écrit, en quelques clics, les photos sont en ligne avec mes commentaires.

En chanson, je me sens comme un écrivain public, sur le Blog, je deviens un peu journaliste, pour évoquer de l’intérieur une manifestation pour Ingrid Bétancourt, pour l’association de Laurette Fugain, l’installation de Yann Arthus Bertrand à l’Académie Française.

Le blog, c’est ce qui permet donc d’informer le public à l’approche d’un événement, de donner la liste des concerts, de « rendre compte ». Le blog est un média extraordinaire. Face à face avec mon lecteur, j’écris des phrases dont je pèse chaque mot.

Un côté interactif

De l’autre côté de l’écran quelqu’un va lire exactement ce que j’ai écrit et va recevoir des images, des intentions, des émotions exactement comme je les ai envoyées. Il n’y a pas d’intermédiaire, nous sommes face à face. C’est très rare dans notre métier. Sur le blog, vous êtes celui qui parle, celui qui écrit, et en face il y a le lecteur, c’est tout. Nous l’animons nous-mêmes, Noëlle et moi, ce qui aurait été techniquement impossible il y a encore quelques années. Ce n’est pas de la communication de masse mais le public peut y trouver toutes les informations à la source.

Enfin, on y trouve toutes les chroniques que j’écris depuis 6 ans dans Panorama, les albums, les références, les play-back originaux, bientôt les chansons à télécharger. Le blog est un outil de communication extraordinaire pour regrouper les informations validées en un seul et même lieu, par exemple pour le journaliste qui veut préparer une interview à venir.

Yann Arthus Bertrand

Yann Arthus Bertrand ou Nicolas Hulot soulèvent les grands traumatismes de notre belle planète. Au risque de paraître « écolo », quoique dans l’air du temps, avez-vous songé à écrire des chansons dans ce sens, à l’instar de Maxime le Forestier dans son dernier album ? Quelle est votre vision à ce sujet ?
Certains choisissent d’écrire, d’autres d’agir, moi j’ai choisi les deux. A travers la mairie, on fait de l’écologie, de l’environnement tous les matins en se réveillant. A travers la vie associative avec Yann Arthus Bertrand, Hubert Reeves, Nicolas Hulot, Al Gore et d’autres, nous agissons pour l’environnement. Parfois, en mettant peut-être une goutte d’eau dans la mer, mais en pesant de tout son poids.

Je parraine en permanence plus d’une centaine d’associations dans des domaines divers, l’environnement, l’humanitaire, la liberté d’opinion, la culture, la chanson, le handicap. Il y a là un champ d’action illimité. Nous avons fondé APRES en 1990 pour la protection des forêts contre l’incendie, mais en décembre 2004 nous l’avons élargie à l’aide aux victimes du tsunami.

« Petits Princes », dont je suis président d’honneur depuis 20 ans réalise les rêves des enfants. J’oscille toujours entre la plume et l’action, et parfois, les deux sont présents (« Deux enfants du Tamil Nadu » ou « La langue de chez nous »).

Ingrid Bétancourt

Ingrid Bétancourt a été, du temps de sa privation de liberté, source de l’un de vos véritables engagements. L’avez-vous rencontrée ?
J’ai envie de la rencontrer dans un cadre plus privé, plus personnel. Toutes les occasions qui nous été données jusqu’à présent l’ont été dans des réunions publiques. J’ai plus envie d’aller à la rencontre d’un être que j’ai découvert au moment de sa libération car nous l’avons défendue sans vraiment la connaître, à travers ce qu’elle représentait pour la démocratie, pour la liberté.

Par son combat, sa résistance et sa personnalité, elle a de ce fait acquis une dimension symbolique, internationale, politique, et elle aura sûrement un grand rôle à jouer dans le futur. La rencontrer est un grand souhait, comme celui de rencontrer le Dalaï-Lama.

Un artiste engagé

Récemment le drapeau Tibétain flottait sur la petite mairie de Précy-sur-Marne dont vous êtes le Maire depuis 1989. Vous sentez-vous concerné par la cause Tibétaine ?
Oui, bien sûr. Quand nous avons été élus à la mairie en 1989, Précy a été sollicité comme beaucoup de communes pour parrainer un prisonnier d’opinion tibétain, Ganden Tashi. Nous avons de ce fait écrit, harcelé les autorités chinoises et leur ambassadeur en France pour demander sa libération et nous l’avons obtenue. Nous avons aussi récidivé quelques années après, avec Ngawang Sangdrol, pour qui j’ai écrit une chanson, « La tibétaine » et qui a aussi été libérée après des années de détention.

Je crois que toute action est bénéfique et, symboliquement comme chaque 10 mars, nous avons mis un drapeau tibétain sur la mairie au moment des Jeux Olympiques de Pékin. La Chine a obtenu les Jeux sur l’engagement d’un effort substantiel vers plus de démocratie, mais a refermé la porte sans rien céder aussitôt les Jeux terminés. Le fait de poser dans Libération avec le T-shirt aux menottes de Reporters sans Frontières, c’est aussi un acte de résistance face à cette hypocrisie, ce signal donné aux dernières dictatures c’est : « rien ne va plus ? Faites vos jeux ! » (voir la chronique « Paravent chinois » sur le Blog).

Si j’étais ton chemin

L’un des titres phares du dernier album est « Si j’étais ton chemin», si vous étiez notre chemin, comment le traceriez-vous ?
La chanson dit : « Je t’aimerais au point de te lâcher la main ». Guider sans forcément conduire, une notion d’écoute et de respect. La limite est cependant très difficile à trouver.

Yves Duteil, quels sont vos projets ?
Côté artistique, la poursuite des concerts, la sortie du DVD. La publication  d’un recueil de partitions un peu spécial est aussi prévu pour ce nouvel album. Pour le village, nous avons également prévu une orientation écologique et bio, dans la lignée du développement durable sur un espace modeste comme Précy-sur-Marne, rebaptisé symboliquement « Précy sur Terre ».

Blog d’Yves Duteil

Interview Yves Duteil fragiles réalisée par Patrick M et Fabrice Ponthieu

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