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Yves Duteil
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Yves Duteil interview en 2005

Yves Duteil nous a reçu chez lui, dans la commune de Précy-sur-Marne dont il est maire.

Yves Duteil et la musique

Au moment de l’immense succès de la chanson « Prendre un enfant », vous aviez seulement 30 ans, comment réagit-on au succès à cet âge ?
Au succès ? D’abord avec beaucoup d’inconscience. Parce que c’est une aventure extraordinaire et que nous sommes pris dans un tourbillon de spectacles, de promotions, de télés. Nous venions de s’installer ici, et donc notre vie existait déjà telle qu’elle est encore aujourd’hui. Donc ça n’a rien changé à notre façon de vivre, fort heureusement. Nous avions déjà notre existence, Noëlle et moi, telle que nous la vivons encore aujourd’hui.

La différence, c’était que tout d’un coup, nous passions d’un public confidentiel à ce qu’on appelle « le grand public », avec des tournées, des concerts, des grands théâtres. Et j’avoue que c’était extraordinaire, et que c’était très exaltant. Donc moi je l’ai plutôt bien vécu. Avec des garde-fous qui m’ont permis de ne pas perdre complètement l’esprit, et de vivre le succès à sa juste mesure.

Après de nombreux albums, et « Touché » en 1997, vos fans ont du attendre 2001 pour la sortie d’un nouvel album : « Sans attendre ». Ces quatre ans étaient alors le temps d’un changement de style, ou juste une évolution ?
Non, je dirais que c’est le temps de l’épreuve. C’est que nous avons rencontré sur notre route l’épreuve de la maladie, et que j’ai accompagné Noëlle pendant cette traversée. Il y avait des priorités, des urgences et écrire n’était pas encore à l’ordre du jour à ce moment là. C’est arrivé en 1999, donc au moment où, peut-être, aurait pu arriver un nouveau disque.

Nous avons fait une tournée que nous avons commencée à Bobino, à ce moment là, parce que Noëlle a absolument voulu que je continue à chanter, et que la vie continue. Mais la vie continuait avec tout ce que cela peut supposer de difficultés, d’angoisses, d’urgences. Il fallait ce temps-là pour traverser cette épreuve et puis sortir sur d’autres rives, du côté de la lumière, du côté de la santé, du côté de la reprise de la route.

Cela explique peut-être aussi pourquoi cet album est si intimiste, comparé au précédent ?
Je trouvais qu’il y avait la nécessité de partager tout ce que nous avions vécu. Pas spécialement par impudeur, ou par souhait de le raconter. C’était parce que dans cette période nous avons rencontré des gens, des regards, des gestes, des personnes qui traversaient la même chose, et moi, ça m’a semblé important de partager ces moments-là avec d’autres.

J’avais envie de parler de mon père, parce que je l’ai perdu durant cette période. Et puis je suis devenu grand-père moi-même. Toutes ces choses-là, j’avais envie de les raconter. Et forcément c’était beaucoup plus intime que le disque précédent, qui était un disque plus engagé, pas enragé, mais un petit peu plus ancré sur une traversée d’une époque, avec des événements, avec des prises de positions, avec des engagements. Tout d’un coup il y avait une espèce d’urgence de vie, le reflet d’une intimité.

Yves Duteil et les associations

On connaît votre engagement auprès de nombreuses associations. Les problèmes de santé et d’environnement vous touchent particulièrement ?
Oui, d’abord parce que très souvent les deux sont liés. L’environnement conditionne bien souvent notre santé. A travers ce qu’on mange, à travers ce qu’on respire, à travers ce qu’on boit. Et donc je crois que l’environnement est un sujet majeur, qui d’ailleurs, à mon sens, ne devrait pas être véritablement politique. Cela devrait être universel.

Ils sont parfois transgressés par des intérêts supérieurs financiers, économiques, dogmatiques, idéologiques, à côté de la réalité. Le risque que l’on court est oublié. Donc l’environnement est un sujet pour moi extrêmement important, parce qu’il induit le respect. Le respect pour l’avenir, le respect pour nos enfants, le respect pour notre lieu de vie.

La santé ? oui, parce que je crois, on dit « tomber malade », on dit aussi parfois « attraper une maladie », mais il y a des maladies qu’on va chercher, qu’on attrape, et puis il y a des maladies qui vous tombent dessus, et où la malchance est en jeu. Il y a une grande part d’ignorance aujourd’hui dans les problèmes de santé. Je pense que la médecine n’est pas une science encore exacte, il nous reste beaucoup à découvrir là-dessus.

Je pense que c’est très important de soutenir la recherche, c’est très important d’accompagner le mouvement pour reconnaître certaines maladies orphelines. Il est important d’expliquer que la mort subite du nourrisson ce n’est pas forcément de la responsabilité des parents, que les parents d’enfants autistes n’ont pas fait quelques chose de particulier pour en avoir, que tous les handicaps sont à la fois des différences qu’il faut prendre en compte pour montrer qu’on peut valoriser aussi les différences dans ce sens.

La médecine chinoise, par exemple, paie les médecins quand on est en bonne santé, et on arrête de le payer quand on est malade. C’est un système basé sur la prévention, sur le fait de rester en bonne santé. Or aujourd’hui la médecine dans sa philosophie traite les malades une fois qu’ils sont déjà en plein dans le déséquilibre. On n’a pas cette philosophie de la prévention, souvent, pas plus dans l’environnement que dans la santé.

Yves Duteil et l’enfance

Dans vos chansons vous abordez aussi très souvent le thème de l’enfance, c’est également un engagement pour vous ?
Oui c’est un engagement, un engagement d’adulte responsable. Les adultes sont responsables des enfants. Les enfants n’ont pas la capacité de jugement aussi développée. Les adultes sont extrêmement responsables de ce qu’ils disent, de la protection qu’ils exercent sur eux.

Et je pense que ça n’est pas anodin de dire cela. Je pense que l’histoire de la convention des droits de l’enfant est très significative. C’est l’impulsion de personnes qui ont agit pour montrer qu’il fallait faire quelque chose. Ce pédiatre polonais, qui a protégé des enfants dans un orphelinat, jusqu’au moment où il a été lui-même rattrapé par les allemands pendant la guerre, et qui, pour protéger tous ces enfants est parti avec eux en camp de concentration (ndlr, il est ici question de Janusz Korczak, écrivain, médecin et éducateur juif polonais, entré dans l’histoire pour avoir accompagné jusqu’à la mort, au camp de Treblinka, les orphelins du ghetto de Varsovie).

Il a donc décidé de partir avec eux en camp de concentration et il est mort avec eux. Mais la trace qu’il a laissée, les écrits qu’il a laissé, montrent qu’il fallait s’occuper des droits des enfants. Donc à la mémoire de cet homme-là, nous avons écrit une Déclaration des Droits de l’Enfant, qui était le pendant de la Déclaration des Droits de l’Homme.

Et puis, nous nous sommes rendu compte que la déclaration n’était pas assez forte, qu’elle n’engageait personne. Nous avons donc transformé cette Déclaration en Convention. Parce qu’une convention, c’est un acte par lequel des pays s’engagent en signant. La convention est ratifiée par les Parlements  avec une valeur juridique.

C’est aussi une façon de regarder l’enfance, tout simplement en se disant que ce sont des êtres qui ont le droit d’être aimés, le droit d’avoir un nom, une famille. Donc pour moi l’enfance, c’est extrêmement émouvant, on n’a pas besoin de se forcer pour être sensible à l’enfance.

C’est pour cela qu’on retrouve souvent ce thème dans vos chansons ?
Oui. Et ça n’est jamais vraiment prémédité. C’est comme ça, ça revient, c’est au milieu des autres thèmes. Nous avons fait un livre dans lequel nous avons justement regroupé toutes les chansons par thème, il y a tout un chapitre, une trentaine de chansons sur l’enfance, il y a des chansons d’engagement, des chansons sur l’amour, mais l’enfance a une grande part dans l’écriture de mes textes.

Yves Duteil

Yves Duteil, les maisons de disque et Internet

Pour revenir à la musique, en ce moment beaucoup d’artistes sont en conflit avec leurs maisons de disque. Qu’en pensez-vous ? Est-ce réellement une crise du disque ?
Je pense que cela va plus loin. Je pense qu’il y a une grave crise, très profonde. Les relations entre les artistes et les maisons de disque ne sont qu’une partie visible d’un iceberg qui est beaucoup plus lourd, et qui pour moi montre le mépris que le système économique globalement peut avoir pour la création artistique.

Aujourd’hui il existe à peu près 300 000 titres de chansons disponibles. Les radios, globalement, diffusent à peu près une playlist de 40 titres. Cela veut dire que la vitrine est minuscule par rapport à l’offre. Les télévisions ont commencé à s’embarquer dans la production de leurs propres disques, dans des partenariats, qui font qu’elles vont de préférence plutôt diffuser les chansons avec lesquelles elles sont en partenariat, comme les radios. Tout le monde est regroupé en groupements financiers, qui incluent des radios, des télévisions, des journaux.

Mais en disant aujourd’hui que le problème vient du téléchargement, nous limitons complètement la question, cela évite à tout le monde de se remettre en cause. Pouvoir vendre un maximum de disques, sur un minimum de références, cela permet de faire un marketing beaucoup moins coûteux, beaucoup moins dispersé.

Il n’y a plus assez de création artistique

Or aujourd’hui, qu’est-ce qui fait le plus d’argent ? Ce sont les artistes français dont on nous disait que plus personne n’a envie de les entendre au moment des quotas. La meilleure preuve que ça n’est pas une crise de la chanson, c’est qu’on télécharge à tour de bras ! La chanson, elle, elle circule.

Pourquoi elle circule par le téléchargement ? Parce que si l’offre est aussi limitée, dans la vitrine officielle, pendant ce temps-là on nous offre une vitrine gratuite de centaines de milliers de titres, tous disponibles, instantanément et gratuitement. C’est difficile de condamner des gens ! D’aller faire de la répression sur des gens qui, de toutes façons, n’auraient pas trouvé ce qu’ils cherchent dans le circuit normal, le circuit commercial.

Donc ils vont ailleurs, ce qu’ils téléchargent, ils ne l’auraient pas forcément acheté, mais ce qui est sûr c’est qu’ils ne l’auraient pas forcément trouvé non plus dans le circuit commercial. Donc il y a un paradoxe. Et la solution merveilleuse qu’ont trouvé les maisons de disque c’est de mettre un logiciel anti-copie sur les disques. Les gens qui achètent un disque ont souvent l’impossibilité de l’écouter dans leur voiture, et sur leur ordinateur….

Au fond nous sommes dans une espèce de paradoxe qui fait qu’on ne sait pas comment expliquer aux jeunes, d’un côté que la culture ça doit être quelque chose de gratuit et d’accessible à tous, et d’autre part que l’on n’a pas le droit de copier que ce que l’on a déjà acheté. Le consommateur qui achète un cd vierge paye une taxe sur la copie privée pour alimenter la création artistique, sur les disques dur aussi. Tout cela me semble tout de même assez compliqué à expliquer clairement à la jeunesse.

Je ne connais aucune profession, dans laquelle, un stage de quatre mois, peut permettre à un débutant de devenir un cador. Et c’est pourtant ce qu’on essaye de nous faire croire. Mais est-ce que c’est pour le public ? Est-ce que c’est pour les artistes ? Moi je ne crois pas, je crois que c’est essentiellement pour ceux qui en tirent des bénéfices. Et c’est bénéfices, et bien ce n’est pas au bénéfice de la chanson. Je pense que si l’on essaye d’expliquer la chute vertigineuse du disque par le téléchargement, ce n’est pas suffisant ! Il y a une foule d’explications annexes.

Yves Duteil et la Seine-et-Marne

Vous êtes maire de votre commune , contrairement à beaucoup d’artistes qui bougent sur Paris, vous n’avez pas quitté Précy-sur-Marne ?
Je suis très très attaché à la Seine-et-Marne, très attaché à Précy. Pour moi c’est un lieu où j’ai mis mes racines. Et je dis « j’ai mis mes racines », mais mon épouse c’est pareil. Cette maison nous sommes arrivé il y a, à peu près une petite trentaine d’années. En 77 exactement, donc ça fera 30 ans dans deux ans.

C’est un endroit que nous avons découvert parce que des amis très proches habitaient dans le secteur. Nous y avons vécu, et puis il s’est trouvé que les événements ont fait que nous sommes devenus élus du village. Cela nous a fait encore plus aimer ce village et ces gens. Ils nous ont témoigné beaucoup de chaleur au moment où nous avons traversé cette épreuve.

Et je dois dire que certainement, ça a contribué à ce que nous reconduisions l’expérience de se présenter à la mairie, là pour la troisième fois. Nous avons le sentiment que la société civile, c’est-à-dire des personnes comme vous et moi, qui ne sommes pas du tout destinés à faire de la politique, peuvent s’occuper de la gestion d’un espace où ils vivent. Depuis quinze ans nous avons vu l’évolution du village. Nous sommes assez heureux de voir que ce travail porte ses fruits, que le village change, qu’il évolue.

C’est un engagement quasi associatif, et une façon de changer de façon permanente le cours des choses, mais en toute humilité, avec simplement l’intention de vivre mieux, et de faire vivre mieux tout le monde.

Quand nous sommes jusqu’à une heure du matin au conseil municipal pour choisir la couleur d’un réverbère ou le style d’un lotissement, nous créons quelque chose qui va s’inscrire pour 50, 100 ans, 150 ans. Un plan d’occupation des sols ça s’inscrit pour une durée importante.  Et c’est cela notre plus grande fierté, c’est d’avoir fait évoluer le village et les relations entre ses habitants.

Photos Patrick M

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