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Barbizon, Village des Peintres
 

 
En savoir plus sur Barbizon
Le village de Barbizon possède la particularité d'avoir connu trois dates de naissance.

La première, presque oubliée car déjà si ancienne, c'est 808. C'est en effet à cette date qu'un fonctionnaire de Charlemagne fit paraître pour la première fois l'appellation Barbitio sur des Capitulaires du Saint Empire, encore conservés jusqu'à ce jour.
La seconde naissance de Barbizon se situe quelque part entre 1830 et 1850. C'est la plus connue, car c'est à cette date que les historiens font remonter les débuts de cette prestigieuse Ecole, que l'on appela beaucoup plus tard Ecole de Barbizon.

La troisième naissance de Barbizon eut lieu en 1903, lorsque le hameau de Barbizon, dépendant de la commune de Chailly-en-Bière, fut érigé en commune à part entière. C'est la raison pour laquelle, nos plus grands peintres dont J.-F. Millet et Théodore Rousseau notamment, sont aujourd'hui inhumés au cimetière de Chailly-enBière.
 
Barbizon, la Grande Rue avant 1910Mais par quel extraordinaire hasard ce site privilégié de Barbizon fut-il choisi par le doigt du destin pour en faire ce haut-lieu de la création artistique, véritable Bethléem de la peinture moderne, comme l'écrivait au siècle dernier le peintre Jules Breton ?
Dès la fin du XVIllème siècle et le début XIXème, le hameau de Barbizon commença à attirer quelques paysagistes épris, avant l'heure, de cette nature que les traditions d'alors enseignaient si peu à regarder, et qui venaient par intermittence demander des inspirations à la sauvage forêt ; Bruandet, Michallon, Bertin, Aligny, Brascassat, les néo-classiques furent parmi les premiers visiteurs d'Apremont et du Bas-Bréau.
Bertin et Aligny y attirèrent Corot en 1822, dont une des toiles le Rageur marque cette influence. Diaz, lui-même, y faisait de fréquents séjours, tout comme Théodore Rousseau, le grand solitaire.
Mais bien d'autres raisons motivèrent le choix de ce modeste hameau de Barbizon, pour en faire ce foyer exceptionnel de la création artistique.

Au début du XIXème siècle, la parution des Oberman d'Etienne de Senancour, l'un des premiers écrits de forme romantique qui enthousiasma une jeunesse déconcertée par Napoléon, son régime et ses guerres, qui est un hymne lyrique à la gloire de la nature.
Beaucoup plus tard, en, 1836, Claude François Denecourt, celui que Théophile Gautier baptisa le Dieu Sylvain, consacra plus de trente années de sa vie pour convaincre ses contemporains et leur faire, partager la joie qu'il avait éprouvée à parcourir la forêt de Fontainebleau, y traçant plus de 160 km de sentiers et publiant quantité de guides sur le massif forestier bellifontain.

La découverte de Barbizon dut également beaucoup au relais de poste de Chailly-en-Bière, le dernier avant la plaine où si trouvait une auberge accueillante, d'où les visiteurs découvrirent le hameau de Barbizon, à l'écart du grand axe routier, et en lisière de la forêt.
L'épidémie de choléra qui sévissait à Paris en 1848, tout comme les deux révolutions de cette même année, provoquèrent une migration des citadins et en particulier des peintres, pour un site plus calme, à l'abri du tumulte de la grande ville et de ses barricades.Barbizon, la Grande Rue avant 1910

L'importance de l'Auberge Ganne ne doit pas être mésestimée dans l'énoncé de ces raisons. Le père Ganne, ancien tailleur installé à Barbizon depuis 1824, préféra accrocher un beau Genévrier - qui était à l'époque le symbole de l'aubergiste - au dessus de sa porte et ouvrit un petit commerce d'épicerie, tandis que sa femme fabriquait de succulents fromages de Brie. Pour une pension de 2,40 F, le gîte et le couvert étaient assurés, le vin était à discrétion, et l'Auberge Ganne devint rapidement ce véritable creuset que l'on appela Ecole de Barbizon. C'était le point de rendez-vous des peintres qui habitaient le hameau. Ils y venaient le soir boire le café ou fumer une pipe. Ils y rencontraient d'autres peintres qui y séjournaient tout comme des visiteurs illustres qui venaient y rencontrer ces ermites amoureux d'une nature fière et presque inviolée, tels les frères Goncourt, qui écrivirent là Manette Salomon.

On doit également citer parmi les raisons qui décidèrent du choix de Barbizon, l'arrivée en 1847 de deux géants comme J.-F. Millet et Charles Jacque, déjà dotés de fortes personnalités et qui allaient rencontrer un troisième géant, celui-là au talent déjà confirmé, Théodore Rousseau, l'éternel refusé des Salons, qui résidait déjà à Barbizon depuis 1845, mais qui avait découvert Chailly-en-Bière et sa forêt d'alentour dès 1833.

Une merveilleuse amitié allait naître de ces rencontres, en particulier celle de J.-F. Millet et Théodore Rousseau - malgré quelques orages passagers - immortalisée aujourd'hui par un médaillon de bronze, oeuvre du sculpteur Chapu, apposé sur un rocher à l'entrée du village.
Ces raisons concoururent toutes à faire porter le choix de ces peintres sur notre village, mais la plus importante d'entre elles tenait plus à la nature profonde de leur art.

Nonobstant leur ressentiment contre le gouvernement en place et ses critiques patentés qui s'obstinaient à les tenir à l'écart des salons ou expositions officielles, ces peintres étaient liés entre eux par un fil ténu, qui les unissait tous dans l'interprétation du langage pictural qui était le leur.
A côté d'une passion commune pour cette école de plein-air, cette peinture sur le motif, qui fut d'ailleurs favorisée par l'utilisation de techniques nouvelles, comme les peintures en tubes ou les chevalets portatifs, les peintres de Barbizon eurent le mérite de rejeter une fois pour toutes les poncifs qui avaient seuls droit de grâce dans les expositions parisiennes, c'est-à-dire tout ce cortège mythologique ou biblique, si longtemps la manne inépuisable de l'inspiration des artistes, c'est-à-dire les sujets narratifs empruntés aux épisodes de l'Ancien ou du nouveau Testament, ou de la vie des Saints.

C'était la fin du paysage d'époque, de ces campagnes romaines émaillées de cyprès ou quelque colonne antique achevait de s'écrouler. Les paysagistes de Barbizon se mirent à peindre la nature avec leurs yeux, telle qu'ils la voyaient réellement et avec une minutieuse fidélité. Ils trouvèrent dans celle-ci une source inépuisable d'inspiration, et dans la contemplation du paysage à toutes les heures et en toutes saisons, un spectacle infiniment varié qui aiguisait leur prodigieux sens de l'observation.
Ce fut une peinture vraie et dans la formidable explosion de la Révolution indus trielle qui secouait l'Europe et l'Amérique, on ne s'étonnera pas qu'ils furent appelés peintres sociaux.

Barbizon, la Route de Chailly avant 1911Ceci est particulièrement vrai pour J.-F. Millet et ses amis, qui surent faire passer dans le paysage ou dans leurs thèmes champêtres, leurs idées philosophiques, de façon à ce que leurs tableaux ne soient pas seulement une reproduction d'un lieu donné, mais l'expression d'un état d'âme devant ce lieu.

Mais si Barbizon à donné à J.-F. Millet, qui fut certainement son plus illustre fils - la pleine conscience de son génie et les motifs de sa plus magistrale inspiration, le grand peintre a magnifiquement acquitté sa dette en donnant à Barbizon la gloire, une gloire universelle et immortelle.
Dès la fin du XIXème siècle, avec l'ouverture de la gare du P.L.M. à Melun et en 1899 celle de la modeste ligne du tortillard qui reliait Melun à Barbizon, la réputation de Barbizon commença à attirer une foule de visiteurs, au milieu desquels les ancêtres J.-F. Millet et Th. Rousseau se fussent sentis bien dépaysés.

De cette époque datent les premiers hôtels-restaurants qui s'ouvrirent, dignes continuateurs du bon père Ganne et de son Auberge, destinés à accueillir ces parisiens déjà épris de grand air et recherchant les ombres disparues des grands Barbizonniers.

"Au Bon coin", maison Sachot, café-restaurant (où l'on reçoit les clients avec leurs provisions). A droite, la voie du "Tacot de Barbizon".

Aujourd'hui, le souvenir des peintres de l'Ecole de Barbizon connaît un regain d'actualité. Cette passion insensée pour la nature dont ceux-ci furent les premiers défenseurs, doit beaucoup au mouvement écologique de notre temps, que chacun veut s'approprier. C'est néanmoins une source d'espoir pour les véritables amoureux de la nature, et il est symptomatique que la jeunesse soit au premier rang de ses défenseurs, car c'est vers la nature qu'elle se tourne, pour y trouver la réponse à son inquiétude actuelle.

Magazines Seine-et-MarneArticle extrait de Notre Département La-Seine-et-Marne n°12
Texte : Roger Karampournis

Couverture Aquarelle de François Féderié
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