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La Ferté-sous-Jouarre et ses bateaux-lavoirs |
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La Ferté-sous-Jouarre a connu sept groupes de bateaux-lavoirs depuis 1860 jusqu'à 1950, établis sur la rivière de Marne, sur la rive gauche et la rive droite, en amont et en aval de deux ponts. Aucun des sept ne fut communal, ils étaient propriétés privées et furent rachetés plusieurs fois au cours des quatre vingt dix ans de leur existence.
Le propriétaire d'un bateau-lavoir devait, avant toute chose, obtenir des Services de la Navigation Intérieure de la Seine une autorisation d'établissement, qui était en général accordée pour une durée de quatre ou cinq ans. Il devait se conformer à toute une série de règlements très stricts, tant en ce qui concernait la longueur du bateau, que la hauteur, à cause du chemin de halage sur les rivières navigables, que des précautions à prendre pour sauvegarder la sécurité des laveuses à bord des bateaux.
De plus, les bateaux devaient se trouver en dehors du chenal navigable et ne pas être éloignés de plus de cinq mètres de la berge, à laquelle ils devaient s'amarrer solidement. Les bateaux-lavoirs ont souvent été établis en amont et en aval des ponts sur les rivières qui étaient sujettes à de nombreuses crues pendant la période des pluies ; ils ont eu de ce fait à souffrir de l'envahissement des boues, de dommages causés par les dérivations lorsqu'ils n'étaient pas bien amarrés à la berge, de l'usure rapide des bois de flottaison dont ils étaient faits, et l'entretien constant dont ils devaient faire l'objet était onéreux pour leurs propriétaires.
Quand les hivers étaient rigoureux, les bateaux étaient pris par la glace et le bois travaillait.... n'oublions pas de mentionner les guerres, les ponts sautaient et entraînaient les bateaux avec eux, quand ils n'étaient pas pris pour être transformés en pont de bateaux.
Il est difficile de reconstituer l'histoire de chaque bateau-lavoir. En effet, les Archives Départementales à Melun, ne contiennent pas toutes les autorisations accordées par le Service de la Navigation Intérieure de la Seine , quelques unes seulement figurent dans les dossiers. Si les communes n'ont pas conservé leurs Registres à effets de Commerce, il n'y a plus aucune trace d'inscription de quelque sorte que ce soit des différents propriétaires des bateaux-lavoirs. Il n'y a plus que l'iconographie et la mémoire des «anciens» ; cela devient un travail de recherche lent et patient et pas toujours fructueux.
Disons que la commune de La Ferté-sous-Jouarre possède un «trésor» dans ses sous-sols, et qu'il m'a été possible, grâce à l'accueil favorable de la municipalité de consulter les archives, dont voici, en résumé un aperçu des différents bateaux-lavoirs.
- Premier groupe de bateaux-lavoirs, établis au cours des années 1860 et suivantes, illustré par la carte postale ancienne intitulée :
Vue sur la Marne , Les Petits-Prés et l'Ile, ( coll. Fatoux )
* Ce bateau-lavoir fut établi par le sieur Landry, constructeur de bateaux à la Ferté-sous-Jouarre, en amont du Pont du Faubourg et de l'abreuvoir. Dès 1867, un autre bateau lui était adjoint comprenant la coulerie, le séchoir. Puis ce fut les bateaux-bains froids, dont je vous ai parlé au Chapitre III du Tome II, d'Histoire d'Eau en Seine-et-Marne.
* En 1872, établissement d'un autre bateau-lavoir sur le Petit Morin en aval du pont établi sur ladite rivière, toujours par le sieur Landry.
* Nous retrouvons les bateaux-lavoirs exploités par la même famille sur un état des stationnements des établissements flottants sur la Marne en 1902 - 1914 - 1923 à 1927 - 1930 à 1935 parmi les documents archivés.
A partir de 1927 ils furent exploités par M. Gérard Charles ; ils ont disparus après 1950.
- Deuxième groupe de bateaux-lavoirs, coulerie, bateaux-bains chauds, habitation et garage à bateaux, qui ont appartenu à M. Léon Permichaud dès 1873 et furent établis sur la rive gauche de la Marne , en amont du Pont du Faubourg, illustré par la carte postale :
«L'invasion allemande à La Ferté-sous-Jouarre», où les bateaux-lavoirs des Petits-Prés furent coulés par l'explosion du pont en septembre 1914, nous avons une belle vue des bateaux exploités par M. Permichaud, qui ne semblent pas avoir souffert de l'explosion, ( coll. Amatteis )
- Troisième bateau-lavoir déjà cité, établi par le sieur Landry en 1872
- Quatrième groupe de bateaux-lavoirs , illustré par la carte postale intitulée : « Le Nouveau Pont » ( coll. Fatoux )
* Dès 1869, le sieur Masson, constructeur de bateaux à Meaux était autorisé à établir un bateau-lavoir en aval de la route Impériale N° 3. Puis ce furent des exploitants différents qui en 1892 établissent après autorisation de plus grands bateaux-lavoirs, y ajoutant les bains chauds et la coulerie.
- Cinquième groupe de bateaux-lavoirs , établis en aval du Pont du Faubourg, rive droite de la Marne , illustré par la carte postale intitulée « Bords de Marne, Les Lavoirs », ( Coll. Amattéis )
* D'après les documents archivés, ce fut en 1881 que le sieur Guiborat établit un bateau-lavoir, et une maison d'habitation, ainsi que des cabines de bains chauds, la coulerie et le séchoir. Puis ce furent les bains froids, bien connus des Fertois sous le nom « Bains Printania », évoqués au Chapitre III, du Tome II, d'Histoire d'Eau en Seine-et-Marne.
- Sixième groupe de bateaux-lavoirs établis en 1897 par M. Fonteneau, sur la rive gauche de la Marne , en aval du Pont du Faubourg, qui comprenait en plus du bateau-lavoir, le bateau-coulerie, et un établissement de bains froids pour dames, déjà évoqué au Chapitre III, Tome II.
- Septième bateau-lavoir et bateau-coulerie établi en aval du Pont de la Route Nationale 3, par M. Pelletier, qui a changé de propriétaires dans les années postérieures à 1905.
Il ne m'est guère possible de clore cet aperçu sur les bateaux-lavoirs qui furent établis à La Ferté-sous-Jouarre, sans évoquer en quelques mots les femmes qui allaient travailler à bord. Elles étaient employées comme laveuses par les exploitants des bateaux ; pour elles, la journée était essentiellement composée du lavage, travail pénible rendu encore plus fatigant par les conditions climatiques durant la saison d'hiver où l'eau glacée de la rivière leur rendait les doigts gourds et les poignets douloureux où le linge était plus difficile à rincer ; les genoux s'ankylosaient à la longue et le salaire était bien maigre à la fin de la journée...
Toutes les opérations de la lessive se passaient à bord du bateau, essangeage, coulage, rinçage, séchage et repassage. Les blanchisseurs exploitants des bateaux-lavoirs employaient non seulement des laveuses, mais aussi des repasseuses professionnelles. On peut dire que dans les dernières années du XIXème siècle, La Ferté-sous-Jouarre a connu quelques 150 à 200 laveuses travaillant sur les bateaux-lavoirs de plus ou moins grande importance. C'était une véritable industrie aux employées anonymes et maigrement rétribuées dont les conditions de vie étaient difficiles, mais qui gardaient pendant les longues heures de travail bonne humeur et même gaieté.
Les propos « salés » des laveuses sont bien connus ; les commérages mais aussi les nouvelles qui étaient échangées de l'une à l'autre faisaient partie de la journée et leur apportaient la distraction qui n'entravait pas le travail. Les langues s'animaient au rythme du battoir, de la brosse en chiendent et des grands remous de l'eau de la rivière rinçant les grandes pièces de linge....
Hélène Fatoux, février 1988
Extrait d'Histoire d'Eau en Seine-et-Marne, Tome III, à paraître en 1989...
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Article extrait de Notre Département La-Seine-et-Marne n°2
Texte : Extrait de l' Almanach Historique de Seine-et-Marne, 1911
Couverture : huile sur toile de Pierre Nivert. |
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