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Coulommiers
 

 
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Vue de Coulommiers vers 1913
Armoiries de CoulommiersEmest DESSAINT Maire de Coulommiers (1923) :
"L'origine de notre ville a de tout temps fait l'objet de controverses passionnées de la part des différents auteurs qui se sont occupés de notre histoire locale.
Les uns, tels le docteur Pascal, dans son Histoire de Seine-et-Marne, Achille Viré et Anatole Dauvergne, dans leurs précieuses études sur notre ville, lui refusent une origine antérieure à la conquête de la Gaule par Jules César.
Les autres, au contraire, Michelin, Histoire du département de Seine-et-Marne, et Martial Cordier, Histoire manuscrite de Coulommiers, prétendent qu'elle existait lors du passage de César et de ses légions en Brie, et Cordier affirme même que son nom lui fut donné par les troupes du conquérant qui, de passage ici, dénommèrent Castrum Columbarium (château colombier), une tour garnie de nids de pigeons, d'où par la suite, Colombarius, Collomiers et Coulommiers.
Notons aussi que les armes de Coulommiers représentent un colombier surmonté d'une couronne d'épis qu'entoure la devise : Prudentes ut serpentes, simplices ut columbae.

La Tour des anciens remparts avant 1921Martial Cordier qui, en sa qualité d'archiviste feudiste du comte de Montesquiou de Fesenzac, dernier seigneur de notre ville, eut en sa possession des documents qui furent détruits ou dispersés par la Révolution, admet l'hypothèse d'une enceinte construite par Antonin. Il étaye son opinion, sur une inscription gravée sur un grès de démolition de la porte qui clôturait la par tie sud à l'époque, ou simple bourgade enclose dans l''île formée par le Grand Morin et le brasset des Religieuses, Coulommiers n'était encore qu'aux premiers temps de son enfance. Cette inscription portait "A. I. R. AE. C. M. V. I." dont voici la traduction : Antonius Imperator Romanorum edificavit 906, édifiée par Antonin, empereur des Romains en 906, date qui part de la fondation de Rome et correspond ainsi à l'an 155 de l'ère chrétienne.

La seconde clôture, qui serait due à Clovis, est tout aussi problématique. D'ailleurs, jusqu'à sa possession par les comtes de Champagne en 920, une obscurité complète s'étend sur le passé de la cité. A dater de cette époque, au contraire, l'histoire enregistre les modifications successives qu'elle a subies et qui par apports successifs, l'ont faite, à travers les siècles, la coquette sous-préfecture seine-et-marnaise d'aujourd'hui.

Thibault ler, en 1080, la dota d'un prieuré qui eut son heure de célébrité puisque des Juvénal des Ursins en furent les prieurs, et qui eut surtout pour heureux résultat d'étendre vers l'est, la ville naissante. Ce prieuré occupait toute la partie dite du Montcel, emplacement où se trouvent aujourd'hui le palais de justice, la gendarmerie, la sous-préfecture et la place Beaurepaire.

Un siècle plus tard, en 1172, Thibault Il étendait à son tour les limites de son domaine dans la partie sud en faisant creuser un canal qui fut appelé le brasset des Tanneurs, du nom des ouvriers qui installèrent leur industrie sur ses rives. Cette industrie devait prendre ici une extension considérable et constituer pendant près de sept siècles la seule richesse commerciale du pays. Dès 1500, la corporation des tanneurs avait déjà son règlement passé devant Me jean Galoppe, bailli de la ville.
 
C'est également sous le règne de Thibault II que fut créé l'hôtel-Dieu et que les Templiers s'installèrent ici. Ils occupaient la ferme dite de l'hôpital qui conserve des vestiges fort intéressants. Ce fut sous Thibault IV, dit le chansonnier, que Coulommiers subit une transformation complète et qu'elle devint une petite ville.
En 1220, alors qu'il était encore mineur, son tuteur, Philippe-Auguste, ordonnait par édit royal le déplacement des étaux des bouchers afin de construire l'église Saint-Denys. Ces étaux furent transportés sur la place du Marché actuelle qui était encore en prairie.

L'église Saint-Denys est aujourd'hui désaffectée et ses jours sont malheureusement comptés en dépit des efforts de ceux qui considèrent à juste titre que ce serait faire oeuvre de vandalisme que de livrer à la pioche des démolisseurs la jolie voûte du choeur, contemporaine de celle de Notre-Dame, l'élégante abside et le vieux clocher, qui vers 1550, surmonta le porche ouvert qui, primitivement, précédait la nef principale.
Souhaitons que la piété des Columériens les incite à conserver cette église autant pour sa valeur archéologique que pour les souvenirs qu'elle évoque à leurs yeux.
 
La rue du Palais de Justice vers 1925A droite, la statue Beaurepaire,
à gauche , le palais de Justice
Thibault IV ne fut pas simplement un bâtisseur, il fut aussi un homme politique aux idées larges et généreuses. En 1231, il accorda à la ville de Coulommiers sa charte municipale qui réglait d'une façon précise son administration. Il y est dit notamment : et si est à scavoir que moi ou aultres de mes gens esliront chacun an XIII preud'hommes de la commune de Collomiers à bonne foi et eux XIII estiront l'un d'eux major chaque an.
 
Le gonflement d'un ballon vers 1905
Le gonflement d'un ballon vers 1905. En réalité il y a
deux ballons sur la place du Marché, lors d'une fête
aérostatique qui attira une foule de curieux.
 
Les bienfaits d'une tranquillité relative et l'indéniable prospérité dont elle profita durant sa possession par les comtes de Champagne furent malheureusement annihilés par la guerre de Cent ans, au cours de laquelle elle fut prise et reprise par les Anglais.

En 1429, Jeanne, l'héroïque Lorraine, de retour du sacre de Reims, traversa la Brie. Le 7 août, elle était à Coulommiers où elle passa la nuit. Le roi Charles VII, Renault de Chartres et jean Aubert, doyen de l'église de Paris l'accompagnaient.
La lutte sacrilège entre les Armagnacs et les Bourguignons ajouta ses horreurs à celle de la guerre étrangère ; c'était, écrit Martial Cordier, un désordre et un brigandage universels.
Le sacre du roi Henri IV mit fin à ces luttes fratricides.
La seigneurie de Coulommiers passa alors dans la maison de Longueville, par suite du mariage de Catherine de Gonzagues avec Henri d'Orléans, duc de Longueville.
 
Visites virtuelles CoulommiersA la mort de son mari, tué d'un coup d'arquebuse en entrant dans Doullens le 20 avril 1595, la duchesse entreprit la construction du château dont nous voyons encore les ruines et dont il subsiste les deux pavillons de gardes précédant le pont-levis.
Ce château était une merveille pour l'époque, 338 fenêtres et 375 oeuvres sculptées disaient le luxe architectural qu'on y avait déployé. Construit par Dury, architecte normand, il fut visité plusieurs fois par les membres de la famille royale, notamment par Anne d'Autriche, le 21 septembre 1631 et par Louis XIII le 22 octobre suivant. Richelieu lui-même l'avait habité durant le carême de l'année 1630.
 
En même temps qu'elle faisait édifier cette demeure princière, la duchesse faisait construire, tout proche, un couvent qui abrita une colonie de Capucins.
L'église fort belle et remarquable surtout par les sculptures du choeur, est conservée presque intacte.
En septembre 1793, le prieuré Sainte-Foy, dont il a été question plus haut, le couvent des Capucins et les ruines du château furent vendus comme biens nationaux.
La période révolutionnaire provoqua ici de nombreux incidents qui finirent tragiquement par la mort sur l'échafaud de 35 victimes expiatoires de la criminelle vengeance du trop fameux Le Roy de Montflobert, plus connu sous le nom de Dix-Août qu'il avait troqué contre son nom patronymique et qu'il porta sur l'échafaud aux derniers jours de la Terreur.

La gare avant 1906Les longues guerres du premier Empire qui aboutirent à l'invasion de 1814, épuisèrent Coulommiers qui connut à nouveau les horreurs de l'invasion.
L'armée du général Sacken (février 1814), la grande armée (mars-avril même année) la rançonnèrent à merci. La commune de Mouroux eut 68 maisons d'habitation et bâtiments ruraux ravagés par l'incendie ; les habitants durent s'enfuir dans les bois, où malgré les rigueurs de la saison, ils vécurent de longs jours.
La période qui s'étend de 1825 à 1870 fut particulièrement prospère pour la ville de Coulommiers. La construction de la ligne de chemin de fer en 1862 favorisa son développement industriel et commercial.

La guerre de 1870 lui imposa la contrainte de l'ennemi durant huit mois et lui coûta une lourde contribution de guerre, mais le dernier soldat allemand avait à peine quitté ses murs qu'elle entreprenait tout un ensemble de travaux qui devait l'amener au point où nous la voyons aujourd'hui. C'est ainsi qu'on construisit les casernes, la sucrerie Fives-Lille, les abattoirs, le collège de garçons, les écoles communale et maternelle, les cours secondaires de jeunes filles, la caisse d'épargne, le théâtre. D'autre part, on entreprit. la canalisation des eaux de la Roche qui dota Coulommiers d'une eau saine et abondante, et on construisit un nouveau cimetière.
Le lugubre appel du tocsin qui retentit le 31 juillet 1914 appela tous ses fils aux armées. Pas un ne faillit à son devoir. Malgré leur héroïsme, notre ville était occupée par l'ennemi le 5 septembre 1914, odieusement pillée, ses habitants molestés, son maire, l'honorable M. Delsol, maltraité et menacé de mort en compagnie de MM. Chartry, procureur de la République, et Bard, secrétaire de mairie.

Rue de Melun vers 1946L'immortelle bataille de la Marne chassa l'envahisseur. En 1918, Coulommiers fut bombardée par avions et par canons et connut à nouveau le deuil et l'incendie.
La population supporta vaillamment toutes ces épreuves, soutenue par sa foi profonde en la justice et par son ardent patriotisme.
Le gouvernement de la République lui décerna la croix de guerre avec l'élogieuse citation :
La ville de Coulommiers (S-et-M), envahie et pillée par les Allemands en septembre 1914, a subi de violents bombardements sous lesquels sa vaillante population n'a cessé de conserver son sang-froid et sa confiance dans le succès de nos Armées (journal officiel du 19 novembre 1920).

Cette distinction lui fut solennellement remise le 30 janvier 1921 par M. Lugol, sous-secrétaire d'Etat.
Depuis, grâce à l'activité du Comité d'initiative et à l'admirable union de tous, la ville de Coulommiers a pu, en septembre 1921, ouvrir une exposition régionale qui, durant 15 jours, émerveilla les visiteurs.
Elle poursuit inlassablement sa tâche, toute de progrès social et de solidarité humaine (dispensaire antituberculeux, protection de l'enfance, habitations à bon marché, travaux d'hygiène et de viabilité de toutes sortes, etc.) désireuse de contribuer ainsi pour une modeste part à la prospérité de la France et à la grandeur de la République."

Magazines Seine-et-MarneArticle extrait de Notre Département La-Seine-et-Marne n°25

Couverture : Les Capucins Huile de Maurice LEMAITRE
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