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Coulommiers
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Emest DESSAINT
Maire de Coulommiers (1923) :
"L'origine de notre ville a de tout temps fait l'objet de controverses passionnées
de la part des différents auteurs qui se sont occupés de notre
histoire locale.
Les uns, tels le docteur Pascal, dans son
Histoire de Seine-et-Marne, Achille Viré et
Anatole Dauvergne, dans leurs précieuses études
sur notre ville, lui refusent une origine antérieure à la
conquête de la Gaule par Jules César.
Les autres, au contraire, Michelin, Histoire du département
de Seine-et-Marne, et Martial Cordier, Histoire
manuscrite de Coulommiers, prétendent
qu'elle existait lors du passage de César et de
ses légions en Brie, et Cordier affirme même
que son nom lui fut donné par les troupes du conquérant
qui, de passage ici, dénommèrent Castrum
Columbarium (château colombier), une tour garnie
de nids de pigeons, d'où par la suite, Colombarius,
Collomiers et Coulommiers.
Notons aussi que les armes de Coulommiers représentent
un colombier surmonté d'une couronne d'épis
qu'entoure la devise : Prudentes ut serpentes, simplices
ut columbae.
Martial Cordier qui, en sa qualité d'archiviste feudiste
du comte de Montesquiou de Fesenzac, dernier seigneur de
notre ville, eut en sa possession des documents qui furent
détruits ou dispersés par la Révolution,
admet l'hypothèse d'une enceinte construite par Antonin.
Il étaye son opinion, sur une inscription gravée
sur un grès de démolition de la porte qui clôturait
la par tie sud à l'époque, ou simple bourgade
enclose dans l''île formée par le Grand Morin
et le brasset des Religieuses, Coulommiers n'était
encore qu'aux premiers temps de son enfance. Cette inscription
portait "A. I. R. AE. C. M. V. I." dont
voici la traduction : Antonius Imperator Romanorum edificavit
906, édifiée par Antonin, empereur des
Romains en 906, date qui part de la fondation de Rome et
correspond ainsi à l'an 155 de l'ère chrétienne.
La seconde clôture, qui serait due à Clovis,
est tout aussi problématique. D'ailleurs, jusqu'à sa
possession par les comtes de Champagne en 920, une obscurité complète
s'étend sur le passé de la cité.
A dater de cette époque, au contraire, l'histoire
enregistre les modifications successives qu'elle a subies
et qui par apports successifs, l'ont faite, à travers
les siècles, la coquette sous-préfecture seine-et-marnaise
d'aujourd'hui.
Thibault ler, en 1080, la dota d'un prieuré qui eut
son heure de célébrité puisque des Juvénal
des Ursins en furent les prieurs, et qui eut surtout pour
heureux résultat d'étendre vers l'est, la ville
naissante.
Ce prieuré occupait toute la partie dite du Montcel,
emplacement où se trouvent aujourd'hui le palais de
justice, la gendarmerie, la sous-préfecture et la
place Beaurepaire.
Un siècle plus tard, en 1172, Thibault Il étendait à son
tour les limites de son domaine dans la partie sud en faisant
creuser un canal qui fut appelé le brasset des Tanneurs,
du nom des ouvriers qui installèrent leur industrie
sur ses rives.
Cette industrie devait prendre ici une extension considérable
et constituer pendant près de sept siècles
la seule richesse commerciale du pays. Dès 1500, la
corporation des tanneurs avait déjà son règlement
passé devant Me jean Galoppe, bailli de la ville. |
C'est également sous le règne de Thibault II que fut créé l'hôtel-Dieu
et que les Templiers s'installèrent ici. Ils occupaient la ferme
dite de l'hôpital qui conserve des vestiges fort intéressants.
Ce fut sous Thibault IV, dit le chansonnier, que Coulommiers subit une
transformation complète et qu'elle devint une petite ville.
En 1220, alors qu'il était encore mineur, son tuteur, Philippe-Auguste,
ordonnait par édit royal le déplacement des étaux des bouchers
afin de construire l'église Saint-Denys. Ces étaux furent transportés
sur la place du Marché actuelle qui était encore en prairie.
L'église Saint-Denys est aujourd'hui désaffectée et ses
jours sont malheureusement comptés en dépit des efforts de ceux
qui considèrent à juste titre que ce serait faire oeuvre de vandalisme
que de livrer à la pioche des démolisseurs la jolie voûte
du choeur, contemporaine de celle de Notre-Dame, l'élégante abside
et le vieux clocher, qui vers 1550, surmonta le porche ouvert qui, primitivement,
précédait la nef principale.
Souhaitons que la piété des Columériens les incite à conserver
cette église autant pour sa valeur archéologique que pour les souvenirs
qu'elle évoque à leurs yeux.
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A
droite, la statue Beaurepaire,
à gauche , le palais de Justice |
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Thibault IV ne fut pas simplement un bâtisseur,
il fut aussi un homme politique aux idées larges et
généreuses. En 1231, il accorda à la ville
de Coulommiers sa charte municipale qui réglait d'une
façon précise son administration. Il y est dit
notamment : et si est à scavoir que moi ou aultres
de mes gens esliront chacun an XIII preud'hommes de la commune
de Collomiers à bonne foi et eux XIII estiront l'un
d'eux major chaque an.
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Le gonflement d'un ballon vers 1905. En réalité il
y a
deux
ballons sur la place du Marché, lors d'une fête
aérostatique
qui attira une foule de curieux.
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Les bienfaits d'une tranquillité relative et l'indéniable
prospérité dont elle profita durant sa possession par les
comtes de Champagne furent malheureusement annihilés par la guerre
de Cent ans, au cours de laquelle elle fut prise et reprise par les Anglais.
En 1429, Jeanne, l'héroïque Lorraine, de retour du sacre de Reims,
traversa la Brie. Le 7 août, elle était à Coulommiers où elle
passa la nuit. Le roi Charles VII, Renault de Chartres et jean Aubert, doyen
de l'église de Paris l'accompagnaient.
La lutte sacrilège entre les Armagnacs et les Bourguignons ajouta ses
horreurs à celle de la guerre étrangère ; c'était, écrit
Martial Cordier, un désordre et un brigandage universels.
Le sacre du roi Henri IV mit fin à ces luttes fratricides.
La seigneurie de Coulommiers passa alors dans la maison de Longueville, par
suite du mariage de Catherine de Gonzagues avec Henri d'Orléans, duc
de Longueville.
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A la mort de son mari, tué d'un coup
d'arquebuse en entrant dans Doullens le 20 avril 1595, la duchesse
entreprit la construction du château dont nous voyons
encore les ruines et dont il subsiste les deux pavillons de
gardes précédant le pont-levis.
Ce château était une merveille pour l'époque, 338 fenêtres
et 375 oeuvres sculptées disaient le luxe architectural qu'on y avait
déployé. Construit par Dury, architecte normand, il fut visité plusieurs
fois par les membres de la famille royale, notamment par Anne d'Autriche, le
21 septembre 1631 et par Louis XIII le 22 octobre suivant. Richelieu lui-même
l'avait habité durant le carême de l'année 1630.
En même temps qu'elle faisait édifier cette demeure princière,
la duchesse faisait construire, tout proche, un couvent qui abrita une colonie
de Capucins.
L'église fort belle et remarquable surtout par les sculptures du choeur,
est conservée presque intacte.
En septembre 1793, le prieuré Sainte-Foy, dont il a été question
plus haut, le couvent des Capucins et les ruines du château furent vendus
comme biens nationaux.
La période révolutionnaire provoqua ici de nombreux incidents qui
finirent tragiquement par la mort sur l'échafaud de 35 victimes expiatoires
de la criminelle vengeance du trop fameux Le Roy de Montflobert, plus connu sous
le nom de Dix-Août qu'il avait troqué contre son nom patronymique
et qu'il porta sur l'échafaud aux derniers jours de la Terreur.
Les
longues guerres du premier Empire qui aboutirent à l'invasion de 1814, épuisèrent
Coulommiers qui connut à nouveau les horreurs de l'invasion.
L'armée du général Sacken (février 1814), la grande
armée (mars-avril même année) la rançonnèrent à merci.
La commune de Mouroux eut 68 maisons d'habitation et bâtiments ruraux ravagés
par l'incendie ; les habitants durent s'enfuir dans les bois, où malgré les
rigueurs de la saison, ils vécurent de longs jours.
La période qui s'étend de 1825 à 1870 fut particulièrement
prospère pour la ville de Coulommiers. La construction de la ligne de
chemin de fer en 1862 favorisa son développement industriel et commercial.
La guerre de 1870 lui imposa la contrainte de l'ennemi durant huit mois et lui
coûta une lourde contribution de guerre, mais le dernier soldat allemand
avait à peine quitté ses murs qu'elle entreprenait tout un ensemble
de travaux qui devait l'amener au point où nous la voyons aujourd'hui.
C'est ainsi qu'on construisit les casernes, la sucrerie Fives-Lille, les abattoirs,
le collège de garçons, les écoles communale et maternelle,
les cours secondaires de jeunes filles, la caisse d'épargne, le théâtre.
D'autre part, on entreprit. la canalisation des eaux de la Roche qui dota Coulommiers
d'une eau saine et abondante, et on construisit un nouveau cimetière.
Le lugubre appel du tocsin qui retentit le 31 juillet 1914 appela tous ses fils
aux armées. Pas un ne faillit à son devoir. Malgré leur
héroïsme, notre ville était occupée par l'ennemi le
5 septembre 1914, odieusement pillée, ses habitants molestés, son
maire, l'honorable M. Delsol, maltraité et menacé de mort en compagnie
de MM. Chartry, procureur de la République, et Bard, secrétaire
de mairie.
L'immortelle
bataille de la Marne chassa l'envahisseur. En 1918, Coulommiers fut bombardée
par avions et par canons et connut à nouveau le deuil et l'incendie.
La population supporta vaillamment toutes ces épreuves, soutenue par sa
foi profonde en la justice et par son ardent patriotisme.
Le gouvernement de la République lui décerna la croix de guerre
avec l'élogieuse citation :
La ville de Coulommiers (S-et-M), envahie et pillée par les Allemands
en septembre 1914, a subi de violents bombardements sous lesquels sa vaillante
population n'a cessé de conserver son sang-froid et sa confiance dans
le succès de nos Armées (journal officiel du 19 novembre 1920).
Cette distinction lui fut solennellement remise le 30 janvier 1921 par M. Lugol,
sous-secrétaire d'Etat.
Depuis, grâce à l'activité du Comité d'initiative
et à l'admirable union de tous, la ville de Coulommiers a pu, en septembre
1921, ouvrir une exposition régionale qui, durant 15 jours, émerveilla
les visiteurs.
Elle poursuit inlassablement sa tâche, toute de progrès social et
de solidarité humaine (dispensaire antituberculeux, protection de l'enfance,
habitations à bon marché, travaux d'hygiène et de viabilité de
toutes sortes, etc.) désireuse de contribuer ainsi pour une modeste part à la
prospérité de la France et à la grandeur de la République."
Article
extrait de Notre Département La-Seine-et-Marne n°25
Couverture : Les Capucins Huile de Maurice LEMAITRE |
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