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Crécy-en-Brie, La Chapelle-sur-Crécy Promenade dans le passé
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Crécy-en-Brie, pont Dames-Gilles avant 1914.
Construit en 1898, ce pont en fer tiendrait son nom d'un ancien seigneur de Crécy : Gilles de Cuisy. |
En savoir plus sur Crécy-la-Chapelle
... Poursuivons notre chemin, la route s'infléchit à gauche et nous ne tardons pas à voir se dresser devant nous la tour carrée de Crécy, et franchissant le pont Dames-Gilles, nous nous trouvons bientôt au centre du petit pays.
Cette qualification de petit pays, n'a peut-être jamais été mieux appliquée qu'à la ville où nous entrons.
Souriant, coquet, original, arrosé par le Grand-Morin qui semble ici se diviser à plaisir en une foule d'étroits ruisseaux, prétextes à vertes saulées, à lavoirs babillards, à pittoresques passerelles ; entouré de promenades magnifiques, percé de rues propres bordées d'avenantes habitations, paisible tous les jours, animé le jeudi par un marché assez important, ce chef-lieu de canton qui ne compte plus que 865 habitants (1) et dont le territoire limité par son enceinte n'excède pas 19 ha, est bien réellement une ville en miniature ; il a ses portes, ses tours, restes du temps où il était fortifié, son beffroi, son hospice, son hôtel de ville, ses armes : d'azur à trois croissants d'argent entrelacés, son grand homme, l'astronome et mathématicien Camus. Il a, enfin, ses annales assez curieuses à parcourir et dont nous allons vous donner un rapide extrait.
Crécy, Cracciucum, paraît avoir eu pour origine, aux premiers siècles de la monarchie, un groupement de quelques maisons qui s'était formé sur la rive gauche du Grand-Morin, vis-à-vis de la ville actuelle.
Plus tard, un seigneur du lieu, dont le nom ne nous est pas parvenu, ayant construit un château sur la rive opposée, la population se déplaça, les chaumières allèrent s'abriter à l'ombre du manoir ; Crécy était créé.
Il prospéra sans doute, car lors de ces invasions normandes dont nous avons eu si souvent à parler, il fut trouvé bon à être saccagé et pillé ; l'incendie acheva l'ouvre de destruction, et bientôt le château, miraculeusement épargné, demeura seul debout, au milieu d'un monceau de ruines.
On le sait, si grands que soit les désastres de ce genre, ils sont en France, promptement réparés. Crécy se releva et dès la fin du Xème siècle, sembla entrer dans une ère de prospérité.
Le pays avait alors pour seigneurs les Bouchard de Melun ; au siècle suivant, il appartint à Guy de Rochefort, premier ministre du roi Philippe Ier, puis en 1108, à la mort de Philippe, il devint l'apanage de son second fils, Hugues de Montihéry.
Bien que remuant et toujours en lutte avec le roi Louis le Gros, Hugues affectionnait Crécy, il fit creuser les petits bras de rivière qui l'arrosent, l'entoura de doubles remparts percés de quatre portes avec pont-levis et flanqués de quatre-vingt-dix-neuf tours rondes dont certaines sont encore debout, mais découronnées de leurs créneaux (2) .
La petite ville était devenue une place forte, gloire qui ne va pas sans péril ; Crécy l'apprit à ses dépens.
La Jacquerie, la guerre de Cent ans, les luttes entre les Armagnacs et les Bourguignons, les armées anglaises lui firent connaître tour à tour les affres de longs sièges et les honneurs des brutaux et impitoyables pillages.
Mais reprenons l'histoire où nous l'avions laissée.
Hugues de Monthléry, définitivement vaincu par Louis le Gros, renonça à la lutte, se retira dans un monastère et mourut, léguant tous ses biens à sa sour Luciane qui avait épousé Guichard de Beaujeu.
La seigneurie resta pendant quelque temps dans cette famille, puis passa en d'autres mains.
Parmi ses titulaires, nous trouvons Châtillon qui, en 1216, fit remplacer l'église paroissiale par une chapelle attenante au château et dont la tour sert encore aujourd'hui de clocher à l'église Saint-Georges.
Après lui, vinrent Thibault, comte de Champagne et de Brie, puis son frère Henri III. Ce dernier mourut en 1274, laissant ses biens à sa fille Jeanne de Navarre. C'est dire que Crécy subit le sort de Mortcerf et de toute la Brie et fut, en 1285, réuni au domaine de la couronne (3) .
Les temps qui suivirent furent la brillante époque de la cité ; tous les rois, depuis Philippe le Bel jusqu'à Louis XII, séjournèrent fréquemment dans son château.
En août 1428, revenant de faire sacrer Charles VII à Reims, Jeanne d'Arc et la cour y passèrent une journée.
Chef-lieu d'un comté, Crécy avait alors ses baillis et ses prévôts royaux ; il était le siège d'une maîtrise particulière des eaux et forêts et d'une sénéchaussée.
Au XVIème siècle commence la décadence. Le pays, abandonné à des seigneurs engagistes, est à peine visité de loin en loin, par ceux à qui il appartient, les vieilles murailles s'écroulent, les tours s'effritent, la ville ne se souvient plus qu'elle fut place de guerre que lorsqu'elle est visitée - lisez envahie - par quelques partisans catholiques ou huguenots d'abord, ensuite par des ligueurs - elle était restée fidèle au roi - et enfin par les bandes que les troubles de la Fronde ont jetées dans les campagnes.
Le 28 mars 1762, Crécy cessa d'appartenir à la couronne.
Louis XV le donna au comte d'Eu en échange de la vieille principauté de Dombes (aujourd'hui partie du département de l'Ain), Le comte d'Eu laissa ses biens à son filleul, le duc de Penthièvre, figure sympathique qui, à Crécy comme à Sceaux ou à Gisors, fit le bien et fut aimé. Il fit réparer et embellir le château ; grâce à lui, des rues furent élargies, la grande place fut dégagée, l'hospice créé, l'église reconstruite.
La Révolution vint interrompre les travaux et arrêter l'essor de cette prospérité renaissante, mais les habitants ont conservé un bon souvenir de leur dernier seigneur. Une des voies publiques de Crécy porte son nom.
Faisons-le remarquer, l'instruction fut de tout temps en honneur à Crécy ; dès le XVème siècle, le doyen du chapitre de la cathédrale de Meaux y envoyait des maîtres d'école qui, il est vrai, n'enseignaient que la lecture et l'écriture.
Plus tard, en 1740, et grâce au cardinal de Bissy, successeur de Bossuet à l'évêché de Meaux, la petite ville vit ouvrir une école latine et un collège.
Quant aux maisons religieuses, elles ont été en grand nombre aussi. Il faut compter parmi elles, bien que celles qui la fondèrent et la dirigèrent fussent des bourgeoises, une école gratuite ouverte vers 1646 où les jeunes filles recevaient l'instruction primaire "dans la modestie et la religion". Cette école fut encouragée par l'évêché, et le roi Louis XIV en approuva la fondation et félicita les quatre dames qui l'avaient créée.
À côté de cette maison, le XVIIème siècle vit ouvrir une communauté de dames charitables où les jeunes filles pauvres étaient instruites ; vinrent ensuite les bénédictines ; puis, en 1641, organisé par saint Vincent de Paul et patronné par Louis XIII, un couvent de missionnaires. Enfin, en 1737, les bénédictines ayant quitté la ville, un couvent de pères minimes s'installa dans leur maison.

Ajoutons, pour terminer cet aperçu historique, que Crécy fut envahi par les alliés en 1814 et, lors de la dernière guerre, revit les Prussiens dès le 7 octobre 1870.
Un enfant de Crécy, Edmond Santerre, descendant, dit-on, du fameux brasseur qui donnait le mot d'ordre au faubourg Saint-Antoine, sous la Révolution, fit alors vaillamment son devoir. Il s'engagea comme volontaire et fut tué à la bataille de Boves, le 27 novembre 1870.
Crécy-en-Brie - rue Nationale, avant 1904. À droite l'hôtel du Bouf gras, et un peu plus loin, celui de l'Ours. |
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Article extrait de Notre Département La-Seine-et-Marne n°33
Couverture : Crécy-en-Brie, le beffroi de Zett Michell |
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