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Promenade dans les cours et jardins du Château de Fontainebleau L'Etang aux carpes
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Veüe du logis du costé de l'estang d'après Les plus excellents bastiments de France de J. Androuet du Cerceau 1576-1579 (Document bibliothèque de Fontainebleau). Le jardin de l'étang n'est pas encore construit. L'étang arrive jusqu'au ras de la fontaine et baigne le pied des bâtiments. |
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Les premiers temps
Le Grand Etang est une nappe d'eau naturelle, formée de temps immémorial dans une dépression du sol et alimentée par des sources, dont l'une jaillit dans son sein même. Mais, au temps des premiers rois qui vinrent chasser en forêt, c'était surtout un marais, une sorte de cloaque vaseux dont l'excès d'eau se déversait anarchiquement tout à l'entour et surtout sur l'emplacement du Parterre actuel en contrebas, qui n'était lui-même que marais. Il fallut donc endiguer et drainer tout cela.
L'étang faisait partie du domaine attribué par Saint Louis aux religieux Trinitaires en 1259. Ce sont ces moines, pense-t-on, qui s'employèrent à le domestiquer un peu. On leur doit certainement aussi la première chaussée de l'étang qui avait le double but de retenir les eaux de l'étang (mais il arrivait encore à celui-ci de la submerger) et de constituer un chemin d'accès à la porte du donjon féodal, là où s'élèverait plus tard la porte d'Orée. Ils faisaient aussi de l'étang une réserve de poissons, quoiqu'ils eussent déjà des viviers en d'autres parties du domaine.
Mais le vrai créateur de l'étang est François Ier. Lorsqu'il s'attaqua à la reconstruction du château, il racheta aux moines l'étang et les terres avoisinantes et entreprit de faire de cette fruste mare capétienne une véritable pièce d'eau. Le Primatice, promu Gouverneur du Grand Jardin, abaissa le niveau de l'étang, calma ses tendances aux débordements en dérivant l'excès d'eau vers des fossés, et l'entoura d'une ceinture de gresserie . Dès ce temps, la Cour prit plaisir à y naviguer. Triboulet, le fameux bouffon du roi, tomba dans l'étang et faillit s'y noyer.
Tout cela avait très bonne allure. Ce lieu , écrit Androuet du Cerceau en 1579, est accompagné d'un fort bel étang, au long duquel est la chaussée revestue de quatre rangs d'ormes.
 Fac-similé du plan publié par le père Dan en 1642, extrait du Palais de Fontainebleau de J.J. Champolion-Figeac pour le texte et Rodolphe Pfnor pour les gravures. Ed. Imprimerie impériale, Paris, 1866. |
De Henri IV à Louis XIV
Cet étang comportait un îlot, qui est toujours là et reçut diverses constructions successives. D'après Castellan, François Ier aurait déjà fait bâtir sur cet îlot un petit cabinet où, selon la tradition, il alternait conférences secrètes et rendez-vous galants. Mais ce qui est sûr, c'est que le roi Henri IV, le second père du château après François Ier, fit élever sur l'île une petite construction, modeste mais élégante, que l'on voit sur les plans de l'époque (quand ceux-ci sont fidèles, ce qui n'est pas toujours le cas !).
Louis XIV remplaça ce petit édifice par une construction plus importante, et Napoléon Ier lui donna sa forme actuelle. Mais n'anticipons pas.
Sous Henri IV donc, on fit de grands travaux, aux jardins comme aux bâtiments. Le canal date de ce règne. Quant à l'étang, le roi en régularisa les bords côtés sud et ouest (côté du futur jardin Anglais) par une solide maçonnerie rectiligne qui devait durer des siècles. On traça sur son côté la première allée royale , ancêtre de l'actuelle grande allée bordée maintenant de platanes. Mais surtout on construisit le grand jardin de l'étang tout à fait indépendant de l'îlot dont nous avons parlé.
Ce grand jardin était une île artificielle, carrée et bastionnée de 34 toises de côté, élevée sur un soubassement de pierre très près de la cour de la Fontaine , dont elle n'était séparée que par un étroit couloir d'eau, franchi par une petite passerelle du côté droit de la cour. C'était une grosse affaire que ce jardin de l'étang ! On y apporta des tonnes de terre végétale, on le divisa en quatre carrés ornés de fleurs, d'ifs taillés et de broderies de buis, chacun portant une statue antique en marbre. Au centre, Henri IV fit placer une statue colossale d'Hercule, ouvre de jeunesse de Michel-Ange qui avait déjà orné la fontaine de la cour, où la statue de Persée l'avait remplacé.
A propos de cette statue, ce coquin de Brantôme rapporte que certaine grande dame, considérant ce superbe nu intégral, estima que ses attributs masculins étaient bien peu proportionnés à la taille et à la musculature du héros. A quoi le grand seigneur qui l'accompagnait répliqua que les dits attributs étaient sans doute à la mesure de ceux des dames de son temps... Brantôme conte cela de façon assez leste, dans ce savoureux langage du XVIème siècle qui appelait un chat un chat, et que je ne saurais reproduire ici.
A cette époque, l'étang n'avait pas encore tout à fait sa forme actuelle. Il s'avançait davantage dans la cour de la Fontaine , qui s'y achevait en pente douce, et les bâtiments extrêmes des deux ailes de la cour avaient les pieds dans l'eau. Une princesse de la Cour disait, plus tard, qu'elle péchait de sa fenêtre.
A propos de pêche, ne perdons pas de vue que l'étang, malgré son aspect "touristique", conservait son rôle essentiel de réserve à poissons, en ces temps où l'on observait strictement le carême et les nombreux jours maigres de l'année. Le poisson était régulièrement péché et constituait une source importance de profits. Nous y reviendrons à propos des carpes.
Louis XIV détruisit ce grand jardin de l'étang. Les statues des parterres allèrent aux réserves et le bel Hercule de Michel-Ange disparut complètement. On crut récemment l'avoir retrouvé au Louvre, mais non, ce n'était pas lui. Tous les auteurs le considèrent comme perdu sans remède.
Il ne reste rien de cette construction. Lors d'une vidange partielle de l'étang pour réparer les berges, en janvier 1980, je me souviens fort bien avoir vu dans le fond récemment curé, quelques vestiges de la ligne de pierre restée en place et représentant le périmètre de ce jardin, avec ses carrés aux angles. J'en avais même pris un croquis sur le pouce. Ces restes furent encore visibles dans l'hiver 1982-83.

Vue du domaine royal de Fontainebleau sous Henri IV, d'après le plan de la Galerie des Cerfs (Cliché Froment). |
Du plaisant au sévère...
Louis XIV utilisa les matériaux de démolition pour agrandir la cour de la Fontaine en demi-cercle en avancée sur l'étang ; la fontaine s'en retrouva davantage en arrière. Un perron et des marches formèrent un embarcadère qui subsista longtemps.
Le roi fit également raser le petit pavillon de Henri IV sur l'îlot et le remplaça par une construction bien plus luxueuse, de forme octogonale avec pilastres doriques encadrant les six fenêtres et les deux portes, le tout sur terrasse bordée de balustrades de pierre puis de fer. Colbert appelle château cette construction. Comme il avait l'oil à tout, il écrivit en 1664 au commis des bâtiments : Il est mieux sans doute de faire de fer les croisées du chasteau que de les faire de bois qui se déjetteroit à cause de l'humidité . Et, toujours soucieux de ménager les deniers de l'Etat jusque dans les moindres choses, il ajoute : Il y a lieu de veiller à ce que la nourriture des cygnes ne coûte pas trop cher.
De Fer écrit : En 1660 le Roy fit bastir dans le milieu de l'étang le salon qu'on y voit qui se nomme l'Isle le dessus est une belle plate forme sur laquelle se met la musique lorsqu'il y a souper.
Et il y avait souvent soupé. Louis XIV y traita de grands seigneurs et des visiteurs hautement titrés ; il y soupait aussi dans l'intimité, ainsi que le Dauphin et son épouse. Il y eut même un déplorable souper entre deux princesses de la famille royale qui ne s'aimaient guère. Il y avait eu , dit Dangeau, quelques froideurs cet hiver entre les deux princesses, mais cela est fort bien raccommodé maintenant . Ces dames, se firent, comme on disait, les blanches dents, et la Cour respira.
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Article extrait de Notre Département La-Seine-et-Marne n°30
Texte : Henri FROMENT
Couverture huile de André PLANSON, La Ferté-sous-Jouarre : Les Majorettes de la Ferté, 1975 |
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