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Petite histoire de Melun
L'hôtel du Grand Monarque
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Melun. La place de la Porte de Paris et le Grand Monarque, en 1899. |
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L'achèvement, sous le règne de Louis XVI, de la grande route de Bourgogne par Melun et la démolition dans le dernier tiers du XVIIIème siècle, des fortifications conduisirent dans la ville un nombre de voyageurs, qu'elle n'avait jamais connu.
Ainsi, quelques années avant la Révolution, un ancien cuisinier de la maison-bouche du roi, Yvonnet, ouvrit-il une auberge au bas de la côte Saint-Barthélémy et ce malgré la présence de nombreuses hostelleries de la place du Marché-au-Blé (rue Carnot élargie) dont La Galère , la plus réputée.
Les talents d'Yvonnet et les manières raffinées acquises précédemment lui paraissaient à même d'attirer une clientèle plus difficile. Il choisit pour enseigne le monarque populaire par excellence. Henri IV, et la nouvelle hostellerie devint le Grand Monarque.
La concurrence se poursuivit jusqu'à la Révolution ; alors l'enseigne et le nom disparurent, Yvonnet lui-même fut sujet à suspicion, cependant que le républicanisme affirmé de Charpentier, propriétaire de la La Galère , conforta la primauté de son établissement. Que pouvait le Grand Monarque dont la statue à Paris, avait été jetée dans la Seine, contre un hôtelier qui deviendra président de la Société Populaire maîtresse de la ville pendant un temps?

Melun. Hostellerie de la Galère au XVIème siècle. |
De 1792 à 1797, La Galère triompha. La période de la Terreur oubliée, Henri IV reprit sa place à l'enseigne du Grand Monarque la rivalité redoubla mais à la loyale.
Le Premier Empire connut des banquets fastueux, municipalité en tête, pour célébrer les victoires de la Grande Armée comme pour des événements plus intimes ou familiaux. Lors des fêtes solennelles, les salles de l'hôtel se révélaient trop exiguës et des tables étaient dressées boulevard Napoléon, (l'actuel Victor Hugo).
Parmi les hôtes illustres de cette période on note, à l'époque de la campagne d'Egypte, le mathématicien Monge, le chimiste Berthollet et autres savants, et au temps de la guerre d'Espagne, le maréchal Suchet, commandant l'armée de Catalogne. Ce fut aussi au Grand Monarque que fut signifié à Madame de Staël, l'amie de Benjamin Constant qui s'opposait au despostime impérial, l'ordre d'expulsion du territoire français.
Lors de la campagne de France qui allait conduire à la première abdication et à l'occupation conséquente, les officiers russes choisirent le Grand Monarque dont ils apprécièrent la cave, un peu trop disait la tradition locale.
Sous la Restauration, Anseaulme succéda à Yvonnet et comme ses concurrents, l'hôtel reçut la clientèle des riches et nobles officiers de la Garde royale, casernés alternativement à Paris et à Melun.
Les opérations de la conquête de l'Algérie alimentèrent aussi les hostelleries par un surcroît de circulation sur la route de Paris à Marseille.
Puis, vers 1850 vint la décadence : avec la mise en service du chemin de fer, les diligences furent supprimées ce qui amena la disparition progressive, mais rapide des auberges du quartier Saint-Aspais. La Galère fut vendue en 1853 et cessa d'être une hostellerie. Seul le Grand Monarque se maintint.

Melun. Le pont aux Moulins, où l'on péchait les meilleures anguilles, qui trouvaient à se nourrir là, avec le blé, la farine et les issues échappés des moulins. (Coll. Musée de Melun) |
Repris par un cuisinier émérite, Martin, un homme gros, gras et grand, l'hôtel conserva sa renommée, malheureusement Martin disparut tragiquement assassiné par un ami nommé Labouche, le 9 septembre 1866. L'almanach de Seine-et-Marne de 1867 lui consacra cette rubrique nécrologique : « Assassinat du sieur Martin, hôtelier du Grand Monarque à Melun par un individu qui paraît être atteint d'aliénation mentale. »
Son gendre, Souchotte, lui succéda : c'est lui qui eut l'honneur d'organiser le banquet qui célébra, en 1882, la réussite des expériences de Pasteur sur la vaccination anticharbonneuse.
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Article extrait de Notre Département La-Seine-et-Marne n°4
Couverture tableau d'André Morichon de Bruyne, Egreville (la place Massenet). |
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