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Tradition d'autrefois
Le Mais
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La coutume du "Mai", arbre vert et enrubanné que l'on plantait le premier jour de mai devant la porte d'une personne que l'on voulait honorer ou taquiner, remonte à l'antiquité, où le premier mai était consacré à la déesse des fleurs. Au Moyen Age, dans certaines régions, le clergé s'en allait en procession couper branches et arbustes pour en orner les églises. Les branches ou les fleurs accrochées à la porte d'une jeune fille avaient une signification : le peuplier soulignait sa vulgarité, l'acacia son caractère piquant, la luzerne sa comparaison avec un mammifère domestique, le sureau symbolisait la paresse (bras creux), le houx le mauvais caractère, la ronce l'humeur acariâtre, le cerisier la vertu et le lilas la beauté.
Particulièrement en Brie, le charme - sans doute par jeu de mot - indiquait que l'amour tenait un pauvre gars sous son emprise, et c'est dans le plus grand mystère que l'amoureux transi allait, dans le silence de la nuit complice, le placer à la fenêtre ou sur le toit de sa bien-aimée. C'était le "mai galant" ou le "charme des accordailles", hommage à la jeune fille dont on briguait la main. Si elle acceptait cet hommage, elle nouait au "mai" un ruban qu'elle avait porté à son corsage, geste symbolisant le lien magique qui la lie et lui attache le cour de son amoureux.
Une botte de paille ou de foin signalait la maison de celle qui faisait parler d'elle ; on conte qu'une jeune fille du Hurepoix a qui échut un pareil "mai" devint folle tant était grande l'importance que le village attachait à cette coutume.
Les femmes mariées étaient, parfois, "honorées" par les jeunes gens : les infidèles recevaient des os d'animaux, souvent en Brie, un crâne de cheval, reproche muet de l'abandon du foyer(1) ; en revanche, celles qui étaient malheureuses en ménage et même, quelquefois, les vieilles filles, desséchées par le célibat, recevaient un bouquet de coucous.
Dans certaines communes briardes, un "mai" collectif enrubanné était offert aux jeunes filles par les garçons qui le promenaient à travers les rues du village avant de la planter dans un lieu favorable à la danse. C'était autour de lui que se déroulait la "ronde du mai fleuri" ou "branle du bouquet".
Nous allons découvrir, grâce à des témoignages vécus, comment on célèbre le "mai" dans plusieurs contrées de la Seine-et-Mame.
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Les "Mais" dans la région de Guignes et de Mormant
A Guignes, déjà vers 1900, il existait cette coutume de poser dans la nuit précédant le premier mai, devant la demeure de chaque jeune fille, un rameau, une branche, un arbre quelquefois, et même aussi - une seule fois - un tas de fumier !
La veille donc, les jeunes gens du pays partaient, armés de serpes, de scies et de haches, vers les bois environnants.
Le terrain avait été bien souvent repéré au jour car ce n'était pas n'importe quel arbre qui aurait l'honneur, le lendemain, de figurer dans les volets, ficelé après une grille, barricadant une porte ou même, souvent, planté dans une cheminée !
Aucune demeure de demoiselle n'était oubliée, mais suivant le caractère de l'habitante ou sa gentillesse envers les garçons du pays, ces derniers décidaient que celle-ci aurait une branche de charme (que vous êtes charmante !) ou celle-là une branche de bouleau (vous êtes bonne à fouetter !).
Tout ceci ne se passait pas toujours sans quelques petits incidents.
Déjà les gardes du bois, les parents réveillés par les remue-ménage de ficelage, les escapades périlleuses sur les toits recouverts d'une légère gelée blanche certaines années, compliquaient la chose, sans oublier les différences d'opinion des gars envers telle ou telle demoiselle, de telle sorte que, parfois, la même jeune fille se trouvait dotée du charme et du bouleau...
Ceci se présentait aussi dans les maisons où habitaient deux ou plusieurs soeurs, ce qui rendaient sceptiques, au petit jour, les demoiselles honorées dans la nuit.
Bien souvent, ces "mais" étaient agrémentés d'un bouquet de lilas lorsque celui-ci était fleuri au premier mai.
La coutume voulait que ce jour, à midi, si les "mais" n'avaient pas été ôtés, les parents de la belle payent le petit verre aux jeunes gens. Dans les maisons ou ces "mais" avaient été placés dans la cheminée au point de la boucher - le père ou la mère en voulant allumer le feu matinal ayant enfumé toute la demeure ! - il était assez imprudent, est-ce la peine de le préciser, d'aller se faire offrir l'apéritif sur le coup de midi... même si c'était du charme qui avait été planté dans la cheminée ! Et la nuit où le conseil des jeunes gens décida de verser un tas de fumier chez une demoiselle, l'apéritif fut servi immédiatement du premier étage et à l'aide d'un vase de nuit !
Citons en passant, parmi les ennuis qui pouvaient arriver aux jeunes gens pendant cette nuit du 30 avril, en plus des garde forestiers et des chiens dans les propriétés, cette mésaventure du temps de l'Occupation : une douzaine de jeunes de Mormant déambulaient vers une heure du matin quand, soudain, ils se trouvèrent nez à nez avec une patrouille allemande ! A bas le "mais" et retour au galop dans les bois.
Au matin, il ne restait plus qu'un tas de feuillage dans la rue et la déception fut grande chez les jeunes filles mormantaises !
Depuis quelques années, cette tradition a pratiquement disparu et a fait place à une nouvelle coutume qui existe, peut-être cause de ce vieux dicton : En mai, fais ce qu'il te plait ! Et plutôt que d'aller charmer les jeunes filles du pays, les garçons s'emploient une partie de la nuit à grouper sur la place communale tout objet, outil, ustensile, matériel agricole, qui peuvent se trouver sur la voie publique ou même ailleurs !
Ceci se faisait déjà avant 1930 à Ozouer-le-Voulgis ; une année, la plaisanterie eut des suites fâcheuses.
Les jeunes s'étaient amusés à démonter tous les volets en bois des maisons du village pour les transporter sur la place du pays.
Plaintes furent déposées à la gendarmerie de Chaumes et les gars furent fermement invités à remettre le tout en place.
Mais, et vous avez déjà pu le remarquer, si la nuit, tous les chats son gris, tous le volets, ou presque, le sont aussi dans nos campagnes briardes. Aussi, toute la journée ne fut pas assez longue pour tout remettre en place, si bien que cette opération ne fut jamais renouvelée dans notre région.
Peut-être qu'un jour, reverrons-nous, le premier mai, réapparaître le charme et le bouleau, encore faciles à trouver, certainement moins rares, heureusement, que les tas de fumier.
Bernard Julien
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Article extrait de Notre Département La-Seine-et-Marne n°12
Couverture Aquarelle de François Féderié |
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