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Navigation
sur la Marne
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Nous
allons remonter le temps, découvrir la vie sur les
Bords de Marne et sur la rivière, jusqu'au XIXème siècle,
en nous consacrant plus particulièrement au bassin
moyen dans notre département, sans pour autant occulter
le bassin amont, point de départ de cette vie.
Il
semble certain que cette rivière ait très
tôt participé au transport des approvisionnements
de Paris, témoin un bas-relief exposé au Musée
de Trêves (Allemagne) ; illustrant le transport de
vin en tonneaux, sur la rivière de Marne.
Cette barque gallo-romaine rappelle les bateaux antiques
navigant sur les fleuves et rivières de la Gaule, à la
proue et la poupe très relevées, ornées
de figures humaines ou de têtes d'animaux. Ils ne mesuraient
guère plus de six ou sept mètres de long, à fond
plat, assez ventrus, pouvant porter jusqu'à huit tonneaux
de vins superposés.

L'équipage était composé de douze rameurs,
d'un batelier au gouvernail et du maître-batelier donnant
les ordres, ainsi que nous le voyons sur le dessin.
On peut penser que ces bateliers figurant sur ce bas-relief étaient
les Nautae Parisiaci ou les bateliers de Parisii, corporation
active et puissante qui commença par se faire la part
la plus belle et la plus riche dans une ville placée
au milieu de la rivière de Seine, voisine de deux
affluents importants, la Marne en remontant, et l'Oise en
descendant, car ils assuraient les transports de toutes les
marchandises sur l'eau, en amont et en aval, afin d'approvisionner
la ville.
Nous savons que le trafic par voie d'eau au temps de la
Gaule indépendante était important, mais après
la conquête, il connut un essor considérable.
Les charpentiers gaulois avaient acquis une maîtrise
parfaite pour la construction des bateaux ; ceux-ci étaient
très recherchés par les romains qui reconnaissaient
en matière de charpente et de technique, leur supériorité.
Le réseau fluvial qu'ils trouvèrent, lors de
leur conquête était dense et harmonieusement
disposé, offrant aux transporteurs les itinéraires
les plus variés, (d'après Gérard Coulon, « Les
Gallo-romains », tome I).
Bien que son cours fut sinueux, son lit semé d'écueils
et de hauts fonds, son régime irrégulier, son
courant rapide, où le vent changeait de direction à tout
instant, où le rapprochement des berges rétrécissait
le chenal de navigation, empêchant les bateliers de
naviguer de façon utile et régulière,
la Marne, devait être une voie d'écoulement
des produits des régions qu'elle traversait, alors
que les routes étaient rares, mauvaises et les relations
peu sûres.
Les hommes de l'eau de cette époque lointaine côtoyaient
ces réalités avec audace. Ils connaissaient
leur rivière, sur laquelle ils naviguaient depuis
leur plus jeune âge. Seuls, les éléments
ou les accidents imprévisibles avaient raison de leur
courage dans la descente de la rivière depuis la haute
vallée.
Il est probable que ce bateau gallo-romain remontant la
Marne, se rendait en Champagne, afin de ramener à Paris
ce vin si apprécié. Notons qu'à cette époque éloignée
dont nous parlons, la traversée de Meaux par voie
d'eau s'effectuait par l'ancienne boucle de la Marne, alors
qu'elle coulait à pleins bords au pied du coteau de
Crégy ; de plus il fallait filer tout le long de cette
longue boucle en passant sous l'arche marinière du
pont romain, le canal de Cornillon n'existant pas.
Rappelons aussi que ce furent les Gaulois qui, les premiers
transportèrent des vins dans les amphores, et construisirent
les futailles ciselées et galbées des tonneaux,
aussi solides que pratiques, pour les besoins de la fermentation
et des transports. (d'après Régine Pernoud
Histoire du peuple français, des origines à nos
jours, tome I, 1951).
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Panorama
des bords de Marne à Meaux
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Nous
savons que déjà à l'époque de l'invasion
et de la conquête romaine, les Meldi ne figuraient
pas parmi les peuplades gauloises qui répondirent à l'appel
de Vercingétorix. Ils formaient une Confédération
avec les Suessiones (Soissonnais), les Remis (Reims),
qui, comme eux gardèrent leur indépendance, en
se soumettant à
César sans combattre, et en lui restant fidèles. Ils faisaient
ainsi preuve du bon sens qui caractérise le Briard !
Les Meldi, se trouvaient, par leur situation sur la Marne, placés
aux confins de la Belgique et de la Celtique. La partie située à droite
de la Marne avait spontanément plus d'accointances avec la Belgique et
celle de gauche, la Brie proprement dite, avec la Celtique. Meaux, cette ancienne
ville, était protégée naturellement, sinon par la Marne,
du moins, par de larges marécages alimentés par les débordements
de la rivière et les sources de Crégy, aujourd'hui disciplinées
et suivant le lit des deux brassets. Georges Gassies ajoute : Une rivière
est un trait d'union, le marais, une barrière... (Histoire de Meaux,
tome I).
La lecture des Commentaires sur la Guerre des Gaules, au livre V, chapitres
I, III, et V, nous fait découvrir César ordonnant à ses
lieutenants, dont les quartiers d'hiver se trouvaient in Belgis, de
construire six cents navires et vingt-huit galères et de réparer
les anciens bateaux. Il détermina leur forme et leur grandeur, plus larges
et moins hauts que les vaisseaux ordinaires, à cause des bagages et des
chevaux qu'ils devaient transporter, et ordonna de les faire tous à voile
et à rames. Il fit venir d'Espagne les agrès nécessaires à cet
armement. Les Meldi lui étant soumis et fidèles. César
put sans crainte établir des chantiers de constructions navales sur les
bords de la Marne, même s'ils n'étaient pas riverains de la mer.
Car, César avait en vue d'envahir l'Angleterre avec une flotte nombreuse
en partant de la baie de Seine.
Mais, le général romain était pressé, aussi les Meldi furent-ils
aidés par les légionnaires, et un grand nombre de chantiers furent
répartis là où il y avait du bois et des bras, le long des
rivières navigables communiquant avec le port qu'il avait désigné pour
l'armement, lequel était situé à l'embouchure de la Seine,
ainsi que nous l'apprend Strabon.
Si la voie d'eau a tenu une place importante dans l'histoire des échanges
entre les hommes depuis les temps les plus reculés de l'humanité,
elle fut aussi le moyen de découvrir et de s'approprier d'autres régions.
Ainsi, pour les Normands-Vikings elle fut le lien qui allait les unir avec le
lieu géographique où nombre d'entre eux s'installèrent,
après leurs invasions. Ils voulaient contrôler, développer,
ces nouveaux lieux où ils s'établirent.
suite de l'article
Article extrait de Notre Département La-Seine-et-Marne n°33
Texte : Hélène FATOUX
Couverture peinture de Zett Michell 93 |
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