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Navigation sur la Marne (fin)
 

 
début de l'article
 
Les dangers de la rivière
Vers 1772, sur le trajet Saint-Dizier-Paris, on comptait :
- 43 bassières ou goulettes (élévations de sable ou de roches à peine couvertes de 12 à 15 pouces d'eau et 20 élargissements qui étaient des endroits où le lit de la rivière gagnait en largeur et perdait en profondeur par rapport aux autres eaux.
- 22 pertuis contraires à la navigation. Les pertuis sont des digues qui barrent toute la largeur de la rivière à la réserve d'une rive ou du milieu de son cours, laissant une ouverture de 4 à 5 toises (8 à 10 m) pour le passage d'un bateau. Ce bateau, en descendant d'un niveau plus élevé doit faire un saut, toujours périlleux, pour retomber précipitamment au niveau bien inférieur de cette véritable cascade.
En 1747, les berges étaient tellement en mauvais état, qu'un bateau fut percuté au pertuis de Vitry par des blocs détachés des rives.
En 1770, le marinier Corme eut 6 bateaux d'avoine envoyés par le fond.
En 1773, sur 12 à 15 naufrages en Marne, deux ont eu lieu à des pertuis.
- Une dizaine de moulins qui créent une cascade avec un tourbillon ou ay amènent encore les bateaux à faire un saut.
- 59 goulets ou restants de pertuis.
- 10 péages : on payait un péage de 20 sols par toise de train de bois (1 toise = 2 m).
- Le passage des ponts était toujours dangereux ; il fallait les passer sous corde , l'eau tourbillonnant autour des piles empêchait les bateaux de bien se présenter devant l'arche marinière.

Les mariniers, maîtres de ponts, châbleurs et avaleurs de nefs, étaient des métiers exercés partout où la navigation devait passer des ponts, qui furent pratiqués jusqu'à la canalisation des rivières.
Les châbleurs, à l'aide d'un treuil actionné par deux châbleurs et d'un châble fixé en haut d'un mât de halage de bateau, vont remonter le bateau contre le courant, afin de le présenter en face de l'arche marinière (le pertuis). Les mariniers, au nombre de trois dans le bateau, maintiennent celui-ci à l'aide du manche de leurs gaffes qui plient sous l'effort, tandis que le patron, assis à l'arrière maintient le gouvernail.

Le passage sous corde, le maître de pont dans sa barque maintenait un ou deux bateaux attachés ensemble à l'aide d'un châble passé dans un anneau fixé au parapet du pont. Il ne les lâchait que lorsque les mariniers avaient placé les-dits bateaux dans le fil du courant .
Le port au charbon
Le port au charbon. Carte postale : La Ferté-sous-Jouarre,
la flûte est amarrée en attendant
d'être chargée,
à l'horizon on distingue le pont de fer (avant 1914).
- Sans compter les très nombreux imprévus contre lesquels tente de lutter une ordonnance de police du 17 août 1775 :
. ceux qui mettent du chanvre à rouir au bord des rivières et mettent des pierres ou des pieux, orbillons pour le retenir,
. les femmes qui vont laver le linge mettent des pierres pour le battre et les laissent en partant,
. les pêcheries (ou gors ) où les pêcheurs mettent des lignes de fond lestées de roches,
. les gens du bâtiment qui laissent leur matériaux sur les berges,
. les particuliers qui se servent des berges comme décharge et ceux qui prennent du sable en basses eaux créant ainsi des trous et des tourbillons,
. le halage est tellement perturbé par les arbres qu'on utilise les îles quand les deux berges sont encombrées.

La batellerie du XVIIIème siècle eut mainte fois l'occasion de formuler des plaintes contre l'administration à cause du peu de sécurité et du manque de stabilité, tout à la fois, qui existait dans le plan d'eau des biefs des usines (moulins). Ces usiniers oubliaient la plupart du temps de se conformer aux ordonnances de décembre 1672 et du 24 juillet 1777, plus spécialement réservées à la Marne (Archives départementales de la Haute-Marne).

La Marne s'est toujours étalée largement dans le val par ses méandres nombreux et alternés avec un lit divisé en bras multiples séparés par les îles. Si les grandes sinuosités de ces méandres atténuaient la pente alluviale en allongeant le cours d'eau, la vitesse d'écoulement en était ralentie. D'une manière contradictoire les méandres produisaient une force particulière à l'écoulement principal, qui à son tour modelait la forme du lit lui-même. Lorsque la rivière était en crue, les rives concaves, étaient par la force du courant, qui tendait à pousser les eaux loin du centre du lit, largement érodées. C'était, le long de cette berge abrupte que coïncidait, en général, le chenal de navigation profond et le chemin de halage.

En revanche, la rive opposée convexe, subissait un courant ralenti qui sédimentait les particules en suspension ; elle était basse, formée d'une grève à faible pente et aux bords incertains, coupée de bancs : les joviaux, îles secondaires (dont nous avons plusieurs exemples à Précy, Isle-lès-Villenoy, Jablines, Lagny et la Bassée) ; cette rive était de plus submergée par les crues. Ce phénomène était inversé à chaque méandre, la rivière serpentant d'un côté à l'autre du val, les deux étant basses, le lit large. C'est souvent là que le chenal était incertain, que le chemin de halage changeait de rive : c'était là que nous trouvions les gués naturels et plus tard les ponts.

La section moyenne de la Marne est plus calme que le cours supérieur, mais avec de fréquents changements de côté pour le tirage et encore des pertuis, des moulins et des passages à la corde...
- Nanteuil-sur-Marne est à la limite de notre département, situé au bas d'une côte, sur la rive droite de la rivière que l'on passait sur un bac, moulin et pertuis à passer.
- Citry, sur la rive opposée, où se trouve le chemin de halage, sur le bras secondaire longeant la commune, moulin dit de Saint-Faron ; sur la Marne existait une passe à cheval, puis un bac au XIXème siècle.
- Saâcy, près de la rive gauche de la Marne, « qui y fait tourner un moulin », pertuis. Saâcy est à l'amorce de la 1ère boucle, avec changement de côté pour le halage.
 suite de l'articleLa Marne
 
Revues Seine-et-MarneArticle extrait de Notre Département La-Seine-et-Marne n°36
Texte : Hélène FATOUX

Couverture Lavandières sur le Grand Morin
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