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L'orgue Historique de Mitry-Mory
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Historique
La vieille église de Mitry-Mory, elle même classée monument historique, devait posséder un orgue bien avant 1640, puisqu'on retrouve des traces de gages payés à l'organiste en 1637(1). Mais en 1640 la Fabrique prit la décision de construire un grand instrument avec sa tribune sur le mur ouest de l'église.
Vue Générale de 1927 Mais en 1640 la Fabrique prit la décision de construire un grand instrument avec sa tribune sur le mur ouest de l'église. Les facteurs Louis et Jehan de Héman, les plus habiles de leur temps, furent chargés de l'entreprise. La sculpture du buffet fut confiée au célèbre Germain Pilon. L'instrument de cette époque comprenait 24 jeux répartis sur 3 claviers et pédalier. La présence d'un orgue de cette importance dans un petit village a longtemps fait penser à un mécène. Le cardinal de Richelieu ayant été l'illustre propriétaire du château de Bois-leVicomte à Mitry-en-France, le rapprochement fut fait et la légende naquit : l'orgue de Mitry devint l'orgue de Richelieu.
Mais aucune archive ne vient attester le mécénat ; bien au contraire, tous les comptes de la Fabrique que l'on peut encore consulter aujourd'hui dans les archives paroissiales montrent que l'instrument a été payé par la paroisse, qui d'ailleurs jouissait au XVIle siècle de ressources importantes. De plus, Richelieu avait quitté Mitry six ans avant la mise en chantier de l'instrument, et donc cinq ans avant sa commande, puisqu'il avait cédé sa propriété de Bois-le-Vicomte aux Orléans en 1635. Peut-être y eut-il un don antérieur mais les documents en notre possession ne le mentionnent pas. Au moment de la restauration de 1981, le facteur a retrouvé, sur le cartouche du positif, la trace des trois fleurs de lys, cartouche qui était surmonté jusqu'à la Révolution d'une couronne royale. Alors ? Don de Richelieu ou plus simplement effort de la Fabrique ?
Les frères de Héman se mirent donc au travail, mais rapidement, la Fabrique tomba en désaccord avec le sculpteur au sujet des comptes. Il y eut procès au Châtelet et interruption des travaux. L'affaire traîna en longueur. En définitive, la Fabrique perdit son procès en 1646 et dut payer Germain Pilon. Le chantier pouvait reprendre mais Pilon refusa et la continuation du buffet fut confiée à Véniat, ébéniste du Roi. Entre temps, l'un des frères de Héman étant décédé, l'achèvement de l'instrument fut assuré en 1651 par Desenclos et Lefèvre. L'orgue était somptueux : il possédait au grand buffet des volets de toiles peintes comme l'attestent encore de nos jours les gonds toujours en place et les archives mentionnant leur installation(2). Le buffet était, au moins en partie, polychrome car des traces de cette polychromie ont été retrouvées au moment de la restauration.
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Positif. Le cartouche surmontant la tourelle centrale du positif. On y distingue des traces de trois fleurs de lys et au sommet, l'emplacement de la couronne Royale.
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Dès son achèvement, l'instrument fut entretenu très régulièrement. On relève au XVIllème siècle les noms de Desrues, François Ducastel puis, au XVIllème siècle, Deslandes, Louis Alexandre Cliquot, dès 1728.
En 1750, une importante restauration agrandit l'instrument en le portant à 4 claviers et en faisant passer la composition de 24 jeux à plus de 30 jeux. Puis l'orgue fut toujours régulièrement entretenu. A la Révolution le buffet fut mutilé, la couronne royale sciée et les fleurs de lys supprimées. Quant aux volets, ils ont pu disparaître plus tôt. Au lendemain de la tourmente révolutionnaire, une nouvelle restauration fut entreprise par Dallery en 1813, l'intégrité de l'orgue classique était encore préservée.
En 1876 de grands travaux furent menés conjointement sur l'église et sur l'instrument. Le porche, en avant du grand portail, fut démoli et la soufflerie cunéiforme qui y était logée, supprimée. Merklin restaure l'orgue dans l'esprit de son temps. Il modifie l'alimentation, bouleverse la composition mais le manque d'argent sauve l'instrument. Les travaux prévoyant une refonte totale de l'orgue ne purent voir le jour. Grâce à cela, ce témoin exceptionnel de la facture classique nous est parvenu avec plus de 60% de son matériel ancien ; cinq jeux sont encore du XVIlème siècle, seize sont du XVIllème et treize jeux ont été reconstitués selon les données anciennes.
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Le Buffet . On distingue nettement sur la droite du buffet de positif les gonds qui supportaient les volets.
A l'arrière plan, on voit la même chose sur le grand buffet.
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Magnifiquement ouvragé (sculpture de Germain Pilon). On peut y remarquer les mutilations de la Révolution. En haut le cartouche vide. En bas, le cul de lampe absent à la tourelle Centrale.
La restauration
En matière de restauration, trois attitudes sont possibles : La première consiste en une remise en état de fonctionnement avec des modifications plus ou moins importantes (apports nouveaux, transformations) ; cette manière, faut-il le rappeler, était celle de tous les facteurs du passé : Cliquot a modifié l'orgue des Héman, Dallery celui de Cliquot, Merklin celui de Dallery.
De nos jours, cette forme de "restauration" est le plus souvent abandonnée, animés que nous sommes par la conservation du patrimoine dans son intégralité. La deuxième consiste en une remise en état de fonctionnement en l'état où l'instrument nous est parvenu. Tout le matériel ancien est scrupuleusement conservé et réparé, sans modification nouvelle par rapport à l'état où il se trouve. On restitue ce qui manque en cohésion avec ce qui existe.
Cette manière de faire assure donc la parfaite conservation de l'instrument.
La troisième consiste en une remise en état de fonctionnement en cherchant à restituer ce qui était exactement à l'origine. Tout le matériel ancien est, là aussi, scrupuleusement conservé, mais en supprimant les modifications qu'il a pu subir au cours des siècles. On restitue ce qui manque en cohésion avec le matériel ancien qui a retrouvé son caractère d'origine.
Cette manière de faire assure l'authenticité historique de l'instrument. C'est celle qui est pratiquée de nos jours dans les restaurations dignes de ce nom.
Le porche. Sur cette estampe des environs de 1820, on voit nettement le porche construit au 17ème siècle destiné,
entre autres, à recevoir dans ses combles la soufflerie de l'orgue de 1641. |
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Article extrait de Notre Département La-Seine-et-Marne n°12
Couverture Aquarelle de François Féderié |
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