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L'histoire de l'orgue de Notre-Dame de Melun
Par Jean-Michel Saincierge
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Le salon de musique de Pauline Viardot dans son hotel particulier
rue de Douai à Paris (gravure du XIXème siècle). |
De l'orgue de salon... 
En 1851, le facteur d'orgues Aristide Cavaille-Coll construit pour la salon de musique de la cantatrice Pauline Viardot un orgue de 14 jeux répartis sur 2 claviers et un pédalier.
Soeur de la célèbre Maria Malibran, Pauline Garcia-Viardot (1821-1910) possédait un registre de voix exceptionnel et une tessiture de trois octaves et demie, rapporte Reynaldo Hahn.
Elle a chanté dans tous les premiers roles des opéras des XVIIIème et XIXème siècles. (ci-contre dans le Prophète de Meyerbeer en 1849).
Franz Liszt, qui fut son professeur de piano quand elle avait quinze ans, qualifiait Pauline "d'archi-musicienne", et Frédéric Chopin qui jouait au piano avec elle à quatre mains, admirait son talent pour la composition.
La petite Pauline avait eu le bonheur de voir le grand Weber diriger un orchestre, vieille dame, elle entendra les premières compositions d'Igor Stravinski.
Composition de l'époque :
1er clavier : Flute harmonique 8, Flute octaviante 4, Octavin 2, Dessus Bourdon 16, Basse Trompette 8, Dessus Trompette 8,
Basse Basson 8, Dessus Hautbois 8.
2ème clavier : Principal 8, Bourdon 8, Viole de gambe 8, Voix céleste 8, Gambe 4, Doublette 2.
Pédale : Bourdon 16, Flute 8.
"C'est l'instrument autour duquel se regroupe l'élite culturelle, les jeudis soirs, au salon des Viardot : Flaubert, Victor Hugo, George Sand, Delacroix, Doré, Berlioz, Liszt et Saint-Saens y sont parmi les plus célèbres. Ils se réunissent autour d'un deux claviers de 14 jeux. La console, richement décorée, est séparée du buffet et est disposée de façon que l'interprète soit face à son auditoire. Les jeux du récit à couleur orchestrale accompagnent les jeux solistes du clavier du grand orgue. Caractéristique plus importante encore, c'est le premier Cavaillé-Coll équipé d'un pédalier à l'allemande de 30 touches avec deux jeux de pédale indépendants de Bourdon 16 et Flute 8. Pauline Viardot s'accompagne lorsqu'elle chante un répertoire emprunté à l'opéra et elle joue les oeuvres de Bach qu'elle contribue à faire connaitre. Elle invite des organistes réputés tel Alexandre Guilmant et ceux de la génération montante, tel Eugène Gigout introduit par Camille Saint-Saens." (extrait du Bulletin des Amis de l'Orgue du Québec n°18)
Cet orgue fit un nombre de voyages inattendu pour ce genre d'instrument; installé dans le salon de musique en 1851, présenté par Cavaillé-Coll à l'Exposition Universelle de 1855, il suit le couple Viardot en Allemagne à Baden-Baden en 1863, puis il est réinstallé dans leur nouvelle propriété de Bougival en 1871 avant de trouver sa dernière demeure en l'église Notre-Dame de Melun en 1885 !
... A l'orgue d'église
En 1884, l'abbé Serouin nouveau curé de la collégiale Notre-Dame de Melun (dont Pierre Certon fut chapelain en 1555) souhaitant acquérir un orgue pour son église, se tourne vers son amie Pauline Viardot pour lui proposer l'achat de son instrument.
A noter que sous l'Ancien Régime, cette église était dotée d'un orgue qui a disparu lors de la période révolutionnaire.
Après maintes délibérations, Pauline Viardot cède son orgue à la paroisse pour la somme de 7 000 Francs. Celui-ci est installé à Notre-Dame fin 1885, et le premier titulaire Loison "organiste de l'Ecole des aveugles" est nommé le 18 Janvier 1886.
A l'occasion du remontage de l'orgue dans l'église, le médaillon peint par Ary Scheffer représentant Maria Malibran, placé au dessus des tuyaux, est remplacé par un cadran d'horloge.
Depuis, diverses interventions plus ou moins heureuses ont eu lieu : en 1896 par Charles Mutin, en 1912 par la Maison Duputel, en 1955 par Paul-Marie Koenig (l'orgue ayant beaucoup souffert des bombardements de 1940), et en 1966 par Jean Jonet, l'orgue est alors inauguré par Marcel Dupre*, depuis 1983 il est entretenu par Jean-Claude Alcouffe.
Composition actuelle :
Grand Orgue : Flute harmonique 8, Flute octaviante 4, Dessus de Nasard 2 2/3, Basson-Hautbois 8, Cromorne 8.
Récit : Principal 8, Bourdon 8, Gambe 8, Voix céleste 8, Gambe 4, Doublette 2.
Pédale : Soubasse 16, Flute 8.
Tirasses, accouplement, Trémolo, expression totale (sauf le Principal 8) par cuillère.

* Au cours du concert inaugural du 1er Juin 1966, Marcel Dupré interpréta la Toccata et Fugue en ré mineur de J-S. Bach, la Basse et Dessus de Trompette de L-N. Clérambault, Soeur Monique de F. Couperin, le Final du Concerto en sol mineur de G-F. Haendel, la Pastorale de C. Franck et deux pièces de M. Dupré.
(ext. Les Orgues de l'Ile de France, Tome 2, par Pierre Dumoulin)
Jean-Michel Saincierge
27 Mars 2008
-Tous droits réservés-
Retrouvez les orgues du sud de la Seine-et-Marne sur :
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