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Pierre Chanteloup
Aviateur
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Un demi-siècle en Seine-et-Marne, de 1926 à 1976, c'est le temps passé à Melun et à Dammarie-les-Lys par Pierre Chanteloup, pionnier de l'aviation.
Pierre Chanteloup ! Un aviateur des années héroïques, un as de la voltige, un roi de l'air mondialement connu avant, pendant et après la Grande Guerre, ami des gloires de l'époque, Pégoud, Védrines, Poulet, Garros, Guynemer pour n'en citer que quelques-uns. Un grand petit bonhomme (il mesurait 1,60 m) pratiquement oublié parce que beaucoup trop modeste, que connaissent seulement, et trop peu, les initiés de l'Aéronautique.
Grâce aux documents qu'il lui a laissés, ainsi qu'à son petit-fils Jean-Marc, sa petite cousine Gisèle Marot, nous raconte l'histoire de ce jeune paysan angevin, propulsé par son courage et sa ténacité, vers les honneurs internationaux.
Pierre Chanteloup est né le 29 mai 1890 à Bauné, petite commune du Maine-et-Loire, à quelques kilomètres d'Angers. Il n'a pas onze ans lorsque ses parents, modestes cultivateurs, lui font quitter l'école du village pour qu'il les aide aux travaux des champs. Mais le petit Pierre se sent attiré par la mécanique. Il apprend donc la subtilité du fonctionnement des moteurs et, le 31 décembre 1907, passe son brevet de chauffeur , qu'on appelle de nos jours permis de conduire.
Les premiers vols d'aéroplanes commencent à avoir un certain retentissement un peu partout. En 1908, le Mans accueille les démonstrations des frères Wright auxquelles Chanteloup assiste, émerveillé. Alors il prend sa décision, lui aussi volera !
Dès lors, il va économiser sou par sou les 2 000 F nécessaires pour apprendre à piloter et, en attendant d'avoir son pécule, il fera le chauffeur de taxi-auto à Nantes.
Enfin, en mai 1911, il est en mesure de quitter son Anjou natal pour se consacrer à son nouvel apprentissage et se présente aux frères Caudron au Crotoy. Très vite, il devient l'un de leurs meilleurs éléments et obtient son brevet de pilote (numéro 549) le 28 juillet 1911.
A la fin de cette même année, Pierre Chanteloup est appelé au service militaire et incorporé au 77e R.I. à Cholet. Grâce aux multiples démarches effectuées par Gaston et René Caudron, on l'affecte au Centre d'Aviation Militaire du Crotoy le 25 février 1913.Il peut donc reprendre son entraînement, pilotant des appareils d'un centre à l'autre, effectuant quelques raids, des démonstrations aux élèves pilotes, etc. son brevet militaire porte le numéro 483.
L'exploit de Pégoud qui, sur monoplan Blériot, vient de faire le premier looping, lui parvient aux oreilles. Si Pégoud l'a fait pourquoi pas lui ?

Chanteloup et les journalistes
après l'exploit du 21 novembre 1913 |
Le 21 septembre 1913, sur le terrain de la Vrayelle près de Douai, Pierre Chanteloup aux commandes de son biplan Caudron, moteur Gnome 80 CV va volontairement se livrer à quelques acrobaties dont le looping latéral complet. Les journaux du lendemain rapportent le fait : plus fort que Pégoud , pouvait-on lire dans la presse. Mais ce n'était pas du goût de ses supérieurs puisque formellement interdit par les règlements militaires, et notre pilote se voit infliger quinze jours de prison tandis qu'une dépêche de l'agence Havas dément la nouvelle, prétextant que la vérité est que Chanteloup a procédé à quelques essais de stabilité au cours d'un vol à l'aérodrome de la Brayelle.
L'affaire provoque une vive émotion parmi les militaires et le télégraphe fonctionne entre les bureaux du centre et Paris... Par bonheur, quelqu'un en haut-lieu a l'intelligence de faire comprendre l'énorme portée de ce geste inconsidéré qui, d'un seul coup, vient de rendre confiance aux nombreux aviateurs découragés par les accidents survenus à leurs camarades. Chanteloup est mis en demeure de nier le fait moyennant quoi sa punition sera levée.
Ses deux années de régiment prennent fin un mois plus tard. Chanteloup revient chez les frères Caudron, il a 23 ans et demi, il est gonflé à bloc et n'a qu'une idée, réussir à boucler la boucle sur son biplan.
Le 9 novembre 1913, à Juvisy, à la fin d'un meeting auquel il n'a pas participé, Chanteloup prend les commandes de son biplan Caudron et tandis que le public se disperse déjà, va essayer quelques acrobaties. Il doit faire vite car la nuit commence à tomber. Bientôt et pour la première fois au monde sur un biplan, il réussit un impeccable looping, puis deux...trois... L'enthousiasme des spectateurs retenus par ces exhibitions jamais vues est à son comble lorsque l'aviateur atterrit ! Chanteloup est porté en triomphe mais les journaux du lendemain ne mentionnent nullement l'exploit ce qui déclenche la colère des frères Caudron. Ils décident le renouvellement des acrobaties de leur pilote pour le 21 novembre à Issy-les-Moulineaux et convoquent les journalistes par télégramme : cet après-midi à 3 heures, à Issy-les-Moulineaux, Chanteloup, sur biplan Caudron, tentera toute une série de vols inédits et bouclera la boucle. Venez si cela vous intéresse. (Signé) G. Caudron.
Ils vinrent particulièrement nombreux et assistèrent à une série de prouesses inédites dont le fameux looping the loop , des vols la tête en bas, la description de lettres, la vrille tourbillon... Le lendemain toute la presse - et jusqu'au New-York Herald - ne tarit pas d'éloges à l'égard de Pierre Chanteloup. C'est pourquoi, officiellement, le premier looping sur biplan est daté du 21 novembre 1913 alors qu'en réalité, Chanteloup l'a réalisé plus tôt.
Deux jours après, à Juvisy, notre héros donne une séance complète d'acrobaties en présence de 30 000 spectateurs aussi admiratifs qu'enthousiastes. On le congratule, on le porte en triomphe, on l'acclame !

L'affiche qui annonçait
la tentative de Chanteloup
a orné longtemps
son magasin du quai
Rossignol à Melun . |
Sa carrière est toute tracée : désormais, Chanteloup va démontrer, à travers la France et une grande partie de l'Europe, la fiabilité de l'aéroplane, ce moyen d'évasion jusqu'alors tant critiqué. Déplacements et meetings se multiplient... Au cours du mois de décembre 1913, il est successivement acclamé à Amsterdam, la Haye, Verviers, Bruxelles, Londres. Il reçoit le trophée de Hendon le 27 décembre 1913 ; c'est la plus haute récompense offerte en Angleterre pour le meilleur exploit de l'année.
Partout Chanteloup suscite l'admiration des populations et des chroniqueurs ; partout il déclenche l'enthousiasme, partout il est fêté comme un héros que ce soit à Troyes ou à Epernay, à Charleville ou à Nantes, à Rennes, Cherbourg, Rodez, Pau ou Bordeaux ou encore à Dresde, à Christiania (aujourd'hui Oslo) ou à Copenhague.
Le 6 juin 1914, à Longchamp, sur son biplan Caudron G3, il triomphe des plus rapides monoplans. Du jamais vu dans les annales aéronautiques. Le lendemain à Juvisy, il boucle la boucle moteur arrêté, premier aviateur à réaliser cette téméraire performance !
Le 14 juillet à Péronne, Chanteloup est présenté au Président de la République, Raymond Poincaré qui le félicite chaleureusement. C'est d'ailleurs le même président qui le décorera de la Croix de guerre avec palme un an plus tard, mais n'anticipons pas.
Dernière prestation avant la déclaration de guerre : le grand meeting de l'Aéro-club impérial d'Autriche à Vienne les 25, 26 et 27 juin 1914. Chanteloup s'y distingue dans plusieurs épreuves, notamment le concours d'adresse qu'il remporte devant Poulet et Garros ; il s'adjuge le concours d'atterrissage forcé, bat le record des biplans dans le concours de vitesse d'ascension en montant à 1 000 m en 4 minutes 1/5e.
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Article extrait de Notre Département La-Seine-et-Marne n°5
Couverture aquarelle de Michel BOUFFARD, Charmentray, une rue en 1900. |
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