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Pierre Chanteloup
Aviateur
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début de l'article
La guerre éclate ! Pierre Chanteloup est mobilisé et affecté à l'escadrille de reconnaissance C 11 sous les ordres du capitaine Vuillemin (qui deviendra général). Il y reste jusqu'au 31 mars 1915, est cité à l'ordre de l'Armée. 11 est alors muté à l'escadrille C 51 d'où le G.Q.G. le dirige sur Lyon, aux usines Caudron, repliées du Crotoy, pour qu'il procède à la mise au point des prototypes. En un mot, Chanteloup devient pilote d'essai (on disait à l'époque pilote réceptionnaire ). Durant la période 1915 - 1918, ce sont près de 700 appareils qui sont mis au point par Chanteloup. Parfois il en livre à l'Angleterre. Et parmi ces avions Caudron contrôlés par notre pilote, figure le bombardier C 23 piloté par Vedrines lors du bombardement de Berlin en 1918.
Jules Vedrines avait une confiance absolue en Pierre Chanteloup et lui demanda, en 1919, de régler le Caudron G 3 avec lequel il atterrit sur la terrasse des Galeries Lafayette.
La guerre est finie, les mois passent...
En 1922. Pierre Chanteloup s'embarque à destination de Java avec son manager Lhermit et le mécanicien Alcade Gonzalès pour faire découvrir l'Aviation française aux populations des îles de la Sonde - les Indes néerlandaises - où l'aéroplane n'est guère connu. Les deux G 3 qu'il s'est procuré suivront, démontés, dans des caisses et arriveront... un mois après lui.
Ce laps de temps n'a pas été inutile car là bas point de terrain d'atterrissage, il faut en créer de toute pièce dans chaque endroit visité. Gros travail ! Partout ce ne sont que rizières, champs de tabac, de cannes à sucre, de pistaches, plantations de caoutchouc, forêts très denses. Grâce à la compréhension des autorités locales, Chanteloup peut commencer ses exhibitions le 1er juillet 1922 à Surabaya. Mais le terrain ne mesure que 350 m de long sur 27 de large. Désormais il lui faudra s'habituer à des espaces restreints pour atterrir et parfois l'aide d'un éléphant et de son cornac pour prendre le terrain avant le décollage ! Beaucoup plus tard, Pierre Chanteloup évoquera avec émotion son passage à Fort de Kock (Sumatra) où le contrôleur Van der Plas fit déplacer 1 200 mètres cubes de terre pour aménager la piste d'atterrissage devant les tribunes du champ de courses. C'est à Java que Chanteloup réalise, le
26 juillet 1922, son exploit le plus extraordinaire, resté unique, dans l'histoire de l'Aviation : l'atterrissage du Caudron G 3 sur le Bromo, un volcan en activité, à 2 300 m d'altitude !

Pierre Chanteloup (à droite)
à l'exposition Albert Moreau. |
Durant les vingt-six mois de son périple en Indonésie et en Malaisie, Pierre Chanteloup séjourne dans 108 villes. Partout il déclenche l'enthousiasme des foules, aussi bien à Bandung qu'à Malang, à Blitar, Semarang, Bataira (l'actuelle Jakarta), à Bali, Padang, Médan ou Cicebon, à Malacca, à Kuala - Lumpur ou à Singapour pour n'en citer que quelques unes. Au total il effectue 4 294 vols au cours desquels 5 784 passagers de toutes nationalités découvrent le plaisir de voir d'en haut et pour certains la joie de la photo aérienne.
Ce séjour loin de France a quelque peu éprouvé notre valeureux pilote car le thermomètre ne descendait jamais au dessous de 25 degrés. Les deux G 3 aussi ont eu à souffrir des conditions climatiques puisqu'il ne fallut pas moins de 70 pistons pour changer ceux qui ne résistaient pas à la température.
De retour en terre natale en 1924, fatigué, amaigri, plus pauvre qu'au départ car n'ayant pas reçu de subsides malgré la fantastique propagande entreprise pour notre aviation, Pierre Chanteloup se repose quelque temps avant de repartir.
Et cette fois il est envoyé à la Martinique en remplacement de Sadi Lecointe. A bord d'un hydravion Schreck - le F.B.A. moteur Hispano-Suiza - basé à Fort-de-France, il va procéder au relevé cadastral de l'île par la photo aérienne. Mais là encore, Chanteloup ne pourra s'empêcher de faire quelques prouesses acrobatiques, tenant en haleine les spectateurs anxieux autant qu'émerveillés : descentes en vrille, loopings sur l'aile... Avec un hydravion, il fallait le faire ! Chanteloup seul pouvait se permettre ces fantaisies !
Au bout de quelques mois, déprimé par les vols quotidiens à 3 000 m d'altitudes, il rentre en métropole et décide bientôt de ne plus voler.
Alors, il apprend la vulcanisation, et, en 1926, s'installe à Melun , 10 rue Saint-Liesne, puis au 8 quai Hippolyte Rossignol, à l'angle de la rue du Grand Clos. Dans son atelier, une affiche des heures de gloire rappelle discrètement aux clients l'aventure épique du héros, et les gamins du quartier viennent souvent, le jeudi, le questionner. Avec eux, pas de problèmes, il raconte... Il y a tant d'anecdotes amusantes dans sa vie de pionnier ! Dans l'une des vitrines du quai, une peau de crocodile - le plus grand qu'il ait tué à Sumatra au cours d'une chasse organisée en son honneur - évoquera, des années durant, son séjour en Indonésie et dans le magasin, la reproduction de son hélice marquera les heures au dessus d'une photo de son G 3 bien entouré.
Tous les melunais de longue date se souviennent encore aujourd'hui de ce commerçant affable, au malicieux regard d'azur, toujours souriant, aimant plaisanter, qui vendait pneus et bottes de caoutchouc et n'avait pas son pareil pour le rechapage.
Marié, en secondes noces, avec Suzanne Decourty, née à Melun cinq ans avant le siècle, dont les parents s'étaient retirés à Dammarie-les-Lys , c'est tout naturellement dans la maison familiale du 256 avenue Anatole France que Pierre Chanteloup vient loger avec son épouse quand l'immeuble du quai Rossignol fut sinistré en juin 1914.
A la mobilisation de septembre 1939, notre sergent aviateur, qui ne volait plus, rejoint la base de Tours-Saint Symphorien. Il est de retour dans son foyer après l'armistice de 1940.

Le magasin de Chanteloup,
à Melun , quai Rossignol,
en juin 1940 |
Melun le jour, Dammarie le soir, dimanches et fêtes, les trajets quotidiens s'effectuent jusqu'au moment de la retraite qu'il prend en 1959.
Dès lors et jusqu'à son décès le 10 août 1976, Pierre Chanteloup cultive son jardin, fait ses courses dans l'Ermitage ou à Melun , construit des abris pour ses amis les oiseaux qu'il accueille en grand nombre dans les arbres de l'enclos : palombes, tourterelles, mésanges et même un rouge-gorge, sont devenus familiers. Et si, d'aventure, le chat s'est laissé entraîner par son ancestral penchant à rencontre de la gent ailée, il est sérieusement admonesté par notre paisible héros.
Rares sont ses sorties, surtout au cours des dernières années de sa vie. Auparavant, elles étaient réservées aux vieilles tiges ou à quelques réunions aéronautiques telles le cinquantenaire du premier vol des frères Caudron, exposition Albert Moreau, etc.
Pierre Chanteloup ne se vantait jamais de ses exploits s'il n'y était contraint. C'est l'aventure du premier homme sur la lune qui lui a fait prendre conscience de l'importance des expériences tentées par les pionniers, dont il fut l'une des gloires. A partir de là, il ouvrit plus volontiers ses albums à ses proches ou à ceux qui venaient le voir, évoquant, souvent avec humour, les temps héroïques.
Pierre Chanteloup repose à Melun , dans le caveau de famille, au cimetière sud où son épouse l'a rejoint en 1982.
Nous lui devions d'honorer sa mémoire, 75 ans après qu'il eût, avec son camarade Pégoud, ouvert la voie de l'acrobatie aérienne.
Gisèle Marot
Chanteloup, aviateur
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Article extrait de Notre Département La-Seine-et-Marne n°5
Couverture aquarelle de Michel BOUFFARD, Charmentray, une rue en 1900. |
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