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Les Roses de Provins
 

 
L'origine de la rose de Provins
La rose de Provins, cette fameuse rose rouge, fut ramenée, dit la tradition, de Terre Sainte par Thibaut IV le Chansonnier, prince mélancolique plutôt que baron guerrier, âme de poète plutôt faite pour chanter l'amour que pour gouverner un royaume, comme le décrivait Félix Bourquelot.
Ce serait vers 1240 que de retour de croisade, Thibaut IV aurait introduit en France cette rose d'une excellente qualité dont il aurait fait d'importantes plantations aux environs immédiats de Provins.
Charles Cochet-Cochet, rosiériste réputé, horticulteur de renom et historien local distingué, détruisit en 1933, la légende de la rose de Provins que le comte de Champagne ne put importer en France pour l'excellente raison que cette fleur n'est autre que la rosa gallica qui est spontanée chez nous !
La rose sensationnelle - le qualificatif est de Cochet-Cochet - rapportée de Terre Sainte et plantée dans la Brie au XIIIème siècle par Thibaut le Chansonnier, serait la rose de Damas issue - il y a nombre de siècles - du croisement de la rosa gallica avec la rosa canina . Ce fut une précieuse acquisition pour notre contrée.
Les roseraies de Provins devinrent bientôt célèbres et l'utilisation de la rose fut extrêmement fréquente en médecine, dans les cérémonies religieuses et profanes.
 
La rose médicinale
Rose de Provins
Vue prise du boulevard d'Aligre,
pépinières et roseraies
Avec les roses on faisait des remèdes : il fallait distiller - la recette est donnée par deux médecins Charles Estienne et Jean Liebault en 1583 - de l'eau de roses de Provins et des roses blanches dans des récipients de verre et non de plomb afin de garder l'odeur et la saveur des fleurs. L'infusion, ou sirop de roses, avait la vertu de lâcher le ventre et purger les humeurs séreuses et bilieuses, étant ainsi utile aux fièvres tierces , à la jaunisse, à désopiler le foie et à la palpitation du cour.
Le jaune qui croît dedans la rose (l'androcée) arrête les fleurs blanches des femmes.
L'onglet des pétales, en décoction, arrête toutes sortes de flux, tout comme le gobelet (le réceptacle), la graine et la laine contenues dans le bouton à rosé, comme ce bouton séché et réduit en poudre, pris dans du vin vermeil austère (gros vin rouge âpre et vieilli) est singulier pour les fleurs blanches des femmes et arrête le flux menstruel , la chaude-pisse ainsi que le flux des semences .

La rose et la croix
Lors des cérémonies religieuses, dès avant 1350, on portait des couronnes ou des chapeaux de rosés lors de la procession du Saint Sacrement et on faisait une jonchée de rosés à l'Ascension et à la Pentecôte.
Le jour de l'Ascension et en cas de calamités publiques, les reliques couvertes de roses, de sainte Lucence étaient dévalées et promenées, par les rues et les campagnes.
La couronne de roses fut portée dans les processions du Saint Sacrement jusqu'en 1750. Celles du clergé, des enfants de chœur, des magistrats, des notables étaient garnies de fleurs et de roses, tandis que celle du curé était entièrement en boutons de rosés ornés de feuilles d'or. Les marguilliers en charge les faisaient confectionner chez lui par les jeunes filles de la paroisse.
Pendant trois ans, après 1750, on se contenta de distribuer des bouquets de roses aux participants de la procession.
La rose, offrande gourmande et utilitaire.
La vieille cité était, à juste titre, très fière de ses roses, très recherchées pour leurs propriétés médicinales et leur délicieux parfum que la dessiccation accentuait encore.

On en faisait un médicament connu sous le nom de conserve liquide et une conserve sèche , plus fantaisiste que médicinale. On vendit longtemps roses sèches et conserves aux grandes foires de Champagne et de Brie d'où elles passaient dans tout le royaume de France, à l'étranger jusqu'en Orient.

On fabriquait également des sachets et des coussins de roses sèches qu'on offrait, dès 1310, aux personnes de qualité qui passaient à Provins.
C'est ainsi que Charles VII, Jeanne d'Arc, François Ier, Henri II, Catherine de Médicis reçurent ces présents.
Henri IV reçut des rosés du procureur et des échevins après que la ville se soit rendue à lui en 1592, puis en 1603 quand il traversa Provins pour aller à Montglas.
Louis XIV, lors de ses quatre passages, eut droit aux roses et aux conserves ; lors de sa dernière visite, en 1681, on lui remit 24 livres de conserves de roses (1).

En 1725, Marie Leczinska eut droit aux mêmes présents. Comme il pleuvait à torrent, le maire dut requérir une botte de paille pour s'agenouiller proprement devant la princesse, lui offrir roses, conserves et coussins et prononcer son discours.
Napoléon, selon une anecdote locale, reçut en plus des bonbons à la rose. La jeune fille qui les lui présenta, lui aurait dit :
Toi que la fortune comble de tous ses dons
Enfant gâté de la victoire,
Amuse-toi, ici, de ces quelques bonbons
Pour te délasser de la gloire.

Et le 21 septembre 1828, Charles X, le dernier roi de France, fut reçu par la ville de Provins, et douze jeunes filles lui remirent des conserves de roses.

L'important c'est la rose !
La rose de Provins a toujours eu grande renommée. Louis XI n'hésitait pas à y envoyer des cavaliers quérir rozes et boutons pour son usage personnel. Ce monarque, en effet, se beignait en rozes.
Elle aurait tiré ses qualités médicinales de la composition particulière du sol où on la cultivait : terres fortes, ferrugineuses et dans un atmosphère chargé de vapeur martiales-vitrioliques.
Les vraies roses de Provins
, écrivait Opoix, ont beaucoup plus d'odeur que les autres roses rouges qu'on cultive et qu'on fait passer sous le même nom.
Aux Indes, elles valaient leur poids d'or. Opoix pensait que leur belle couleur rouge était probablement due à l'action des sels minéraux.
Les conserves de roses devaient leur renommée au fait qu'on les préparait avec des fleurs fraîchement cueillies, broyées à froid avec du sucre.

Chaque rose a ses épines !
Dès la fin du XVIIIème siècle, Opoix se plaignait que des rosés rouges de toutes provenances usurpaient la rose de Provins en pharmacie et en parfumerie et suspectait quelques cultivateurs cupides d'avoir vendu du plan de cette rose avec un bénéfice considérable.
Ce plan , cultivé par des mains avides à fournir des rosés en quantité et vendues à vil prix, finit par concurrencer et par ruiner le commerce de la vraie rose provinoise tombée en état de langueur peu avant la Révolution .
Les roses utilisées au début du XIXème siècle par les parfumeurs parisiens étaient des roses de Damas cultivées à Puteaux, plus proche de la capitale que Provins, pour l'approvisionnement en fleurs fraîches.

R.-C. P.

1.- Soit 11,748 kg .
 
Revues Seine-et-MarneArticle extrait de Notre Département La-Seine-et-Marne n°19


Couverture Pastel de Thierry Gaudry, Vue sur fenêtre à Provins
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