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Traditions populaires
Les Rameaux
 

 
Carrefour du ParadisJusqu'au dernier quart du XXème siècle, les vacances de printemps commençaient le dimanche des Rameaux. La nature se parait de fleurs les oiseaux becquetaient dans les Buissons; les premiers poussins pépiaient sous la cage de fer. La ménagère lavait à grande eau la maison, changeait les rideaux. Le cimetière avait fait toilette : les familles avaient émoussé les tombes et le cantonnier biné les allées. Tout le pays allait vivre la Passion du Christ et le folklore afférent (Passion dérive de pati et signifie souffrance).
 
Le buis
Le buis pousse si communément en Seine-et-Marne qu'il a donné son nom à des communes Bussières (Buxeriae 1249), Bussy-Saint-Georges (Buxido 841), Bussy-Saint-Martin, Boissettes(apud Buxetam 1145), aux Buis hameau de Branles, à la ferme de Bois de Buis à Villemareuil et à de nombreux lieux-dits les Buis à Villiers-sur-Marne.

Fleuri dès le printemps, très feuillu, flexible à souhait pour la confection de couronnes et de croix, le buis se prête pour faire du dimanche des Rameaux, « Pâques fleuries » .
 
Actuellement à Nanteuil-lès-Meaux et certainement dans beaucoup de paroisses, au cours de la messe du dimanche des Rameaux, le prêtre bénit le buis présenté entre les rangs. A l'issue de l'office, les fidèles buisent leurs tombent, celles des familles amies, en fixent quelques brins dans la chambre, dans la pièce commune, parfois dans l'étable.
Après la guerre 1914-1918, la municipalité faisait poser une couronne de buis piquée d'une cocarde tricolore sur chaque tombe de soldat (information Marcel Guerrier).

A Montgé, autrefois, au petit jour, les femmes à jeun, allaient adorer la croix à l'église puis porter leur buis au cimetière (Enq. J.-M. Desbordes B.F.F.I. 1957). Même coutume à Etrépilly, à Monthyon, à Puisieux mais le Vendredi-Saint.

A Boulancourt, en 1845, écrit Marc Verdier d'après un registre d'époque tenu par le prêtre, on bénit des croix en buis que le bedeau va attacher à chacune des croix du terroir. A la procession, on adore la croix du cimetière et chacun dépose à son pied une branche de rameau (B.F.F.I. M. Verdier 1960). La croix ainsi buisée prit le nom de Croix Bouquet à Nanteuil-les-Meaux, à Boissise-le-Roi, de Croix Boisée à Nanteau-sur-Essonne, de Croix Boissée à Château-Landon, à Ozoir-la-Ferrière, à Provins, à Fontainebleau, de Croix Brissée à Chailly-en-Bière, de Croix Broissée, à La Chapelle-la-Reine et à Garentreville et de Croix Boissée à Grez-sur-Loing (Crux buxata 1110, croix broissée 1484, croix brissée 1644). La distance entre ces diverses paroisses donne une idée de la répartition de la coutume en Seine-et-Mame, coutume que connaissait d'ailleurs Rabelais qui cite une croix boysselière dans Pantagruel. Le buis remplacé n'est en aucun cas jeté ; on doit le brûler.

Le matin du dimanche des Rameaux, à Melun et à Nanteuil-lès-Meaux, la grand mère de ma femme disposait au berceau de ses petites-filles, un rameau de buis garni de papillotes, bonbons enveloppés en papier frisé de couleur ; on a ici l'exemple d'une coutume d'extension de la Savoie, de la Bourgogne et de la Nièvre.

Le buis bénit protège la maison et ses dépendances et assure la fertilité des terres. A Bassevelle, le vendredi saint, à jeun, avant le lever du soleil, on buisait les clapiers, poulaillers, granges et étables pour porter bonheur et prospérité, et les ruches pour empêcher les essaimages lointains (R.C.P.1. p. 35 ; enq. 1942).
Au siècle dernier, de la Flandre au Berry compris, s'observait la coutume quasi générale de piquer du buis dans les céréales.

En Brie, cette pratique avait lieu à jeun, avant le lever du soleil. A Saint-Fiacre et aux alentours, les cultivateurs allaient d'abord tremper leur buis dans la fontaine. A Puisieux, le vendredi saint, on adorait les autels en baisant la pierre des reliques. Toujours à jeun, on mettait du buis dans les maisons, dans les jardins, dans les champs. Cette dernière coutume s'observait vers 1930 et doit être encore suivie mais discrètement (Enq. J.-M. Desbordes B.F.F.I 1957).

De là, cette anecdote que j'ai recueillie à Nanteuil auprès de Régnier dit Roquelaure, un voisin spirituel :
« Rozé et Lonzième possédaient deux pièces jumelles au lieu-dit les Rivières, longeant la Marne. Ils les avaient ensemencées en blé mais une crue malmena les grains. Au printemps, force fut à chacun de réensemencer en blé de mars.
Le vendredi saint, Rozé fut fidèle à la tradition et piqua quelques brins de buis dans son champ ; de plus, peu après, il dit à son commis : « Eh ! garçon, ce sac de fiente de pigeon, va donc le semer dans ma pièce de la Marne. Tu la reconnaîtras bin, j'y avons piqué du buis. »
Entre temps, Lonzième qui visitait ses terres, remarqua les tiges de buis dans le champ de son voisin. En paysan rusé qu'il était, il soliloqua : «  Si ces rameaux sont bons pour lui, ils le seront pour moi » et il repiqua tous les brins de buis dans son propre champ où, quelque temps après, le commis sema la fiente de pigeon.
A la moisson, les blés étaient d'inégale beauté. Rozé fut bien étonné en constatant que la récolte de son voisin était supérieure à la sienne.
Pourtant, répétait-il, j'y avais mis du buis et semé de la fiente de pigeon.
On assure que sa foi en fut quelque peu ébranlée. »

A la moisson, un faucheur qui coupait un brin de buis était à l'amende, au retour, il offrait à boire.

Cloches et chanteriots
L'usage des cloches se généralisa au siècle suivant, apparurent les clochers. La paroisse prit alors sa physionomie encore actuelle : au centre, la maison de Dieu entourée de « la terre sainte » des chers défunts et, au-delà du cimetière, les chaumières souvent groupées en cours communes.

Dominant le moutonnement des maisons, la cloche devint à la fois un être surnaturel et familier. Elle passa pour protéger des orages. Sa voix invitait à la prière, rythmait les travaux des champs, « l'etlée et le retour» annonçait en lais (ou laisses) les décès, 12 coups pour un homme, 9 coups pour une femme ! Selon une tradition bien établie, les jeunes gens sonnaient tant et plus aux baptêmes, aux mariages, se relayaient une grande partie de la nuit de la Toussaint contre une rémunération en espèces mais surtout en denrées : oeufs, poules, lapins, vin.

Au XVIlle siècle, l'évêque de Meaux tenta d'intervenir mais à Nanteuil, les ouailles du curé Ambroise Lançois menacèrent de se révolter « J'voulons nos trois cloches ! » Comprenons par là : j'voulons sonner nos trois cloches. (Deux furent enlevées à la Révolution, seule demeure Elisabeth).

L'interdiction de sonner du jeudi saint au samedi saint, en signe de deuil remonte à la fin du Xlle siècle. Ce mutisme soudain ressenti profondément pendant 3 jours, il fallait bien l'expliquer aux enfants : « Les cloches sont parties à Rome chercher des oeufs et des cloches en chocolat ».

Nanteuil-lès-Meaux : crécellesLe jeudi saint, ma mère me criait : « Accours vite, vite, vite voir passer les cloches. » Le temps de lever la tête, elles avaient disparu du ciel. Aussi vite, le samedi matin, elles avaient repris leur place, l'airain se remettait à vibrer joyeux et elles avaient laissé tomber des oeufs teints ou des oeufs en sucre givré qu'enfants nous cherchions dans le jardin.
Dès l'absence des cloches, les petits chanteriots (les enfants de choeur) tirent de l'armoire la crécelle à tourniquet dont le crépitement évoque le tremblement de terre à la mort du Christ. La teinte brune du cliquet de chêne, le ton doux de vieil ivoire du moulinet de charme en attestent l'ancienneté. La crécelle, rapportée parfois d'un pèlerinage à Notre-Dame de Liesse ou exécutée par un menuisier du village a servi au père, au grand-père, au bisaïeul...

Dans la région de Provins, la crécelle porte le nom de crâle.
Crâler, écrit A. Diot, exprime les cris poussés par une poule prête à pondre. Dans la région de Nemours, d'Egreville, d'une poule qui faisait crô, crô, crô, ma mère disait : « elle sent ses oeufs », elle crôle, dérivé probable du latin crotalarec : jouer des castagnettes.
suite de l'articleLes Rameaux
 
Revues Seine-et-MarneArticle extrait de Notre Département La-Seine-et-Marne n°12
Texte : Paul BAILLY
Nanteuil-lès-Meaux

Couverture Aquarelle de François Féderié
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