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Interview d'Anne Réale
Peintre, écrivain, poètesse
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Nous avons rencontré Anne Réale, artiste complète (peintures, littératures, poèmes) exposant actuellement à la Mairie d’Avon.
Elle puise ses sources d’inspiration dans la nature et son passé. Cela n’est sûrement pas étranger à la situation de son domicile, une maison ayant une superbe vue sur la nature et la Seine.
Pouvez-vous nous parler de votre parcours qui vous a conduite à la peinture ?
Au départ, j’ai toujours eu envie de créer, quand j’étais petite je dessinais des oiseaux. Mon père était architecte, lui aussi dessinait de belles envolées puisqu’il a crée le premier grand hall en lamellés collés arrondies de la Foire d’Exposition de Tours.
Au début, mes parents m’ont plutôt dirigé vers Science Po, le journalisme car ils trouvaient que c’était plus concret comme métier. J’ai donc été journaliste pendant plusieurs années : Cosmopolitan, Paris-Match, la revue Bateaux (où j’ai rencontré mon mari, journaliste aussi).
Après j’ai commencé à écrire plusieurs livres sur les grands noms de la voile, sur les mers, j’ai beaucoup voyagé durant l’écriture de ces livres, j’ai fait aussi beaucoup de reportages sur les mers du monde. J’ai notamment écrit le bouquin avec Eric Tabarly. J’ai vécu un petit peu ce qu’avait vécu ces grands noms de la voile, l’arrivée de Florence Arthaud à Point à Pitre c’était fantastique.
Après, j’ai écrit d’autres livres, par lesquels on revient plus vers la peinture, c’était « Fait Nature » et « Fait Maison ». Ces livres ont été écrits au moment où j’attendais mes enfants, j’étais un peu coincée à la maison, je me suis penchée sur la nature d’une façon très concrète et j’ai essayé de retracer, bien avant cette mode écolo d’aujourd’hui, de montrer comment créer tout soit même : aussi bien du café, du thé, du camembert, des plantes pour la cuisine etc.
Quand, je suis arrivée à Bois-le-Roi, il y a 20 ans, j’ai été subjuguée par la forêt, la Seine, la lumière. La lumière dans la Forêt de Fontainebleau avec les rochers, le sable, les bouleaux... c’est un micro-monde.
Je me suis dit alors il faut absolument que je peigne. J’ai trouvé un atelier merveilleux à Barbizon où officiait un prof des Beaux-arts, Michel Lacoste, qui était aussi un grand passionné de la forêt. Il travaillait selon l’épure chinoise, le non dit, le geste unique. En peinture, il ne faut pas trop en mettre, il faut savoir s’arrêter à temps, on a souvent tendance à envahir les toiles. C’est aussi la raison pour laquelle je me suis mise après au collage, je trouvais que j’envahissais trop la toile et donc de faire des collages m’a permis d’aller à l’essentiel de la création.
Au début, j’ai commencé par l’étape figurative, devant cette nature grandiose. Après il y a une étape un peu plus épurée, puis est venue une troisième étape où j’ai pris un couteau, des encres, des pigments, de la toile brute (que j’achète au marché St Pierre), je me mettais dehors sur une table à plat, avec l’encre, le couteau et puis je retranscrivais directement le souvenir des émotions que j’avais ressenties en forêt.
Après il y a eu l’étape du collage, avec des pigments que je ramène du Lubéron, alors je coupe, puis découpe, je jette souvent une grande partie, pour arriver finalement au collage comme aujourd’hui où il y a beaucoup d’espace au travers des formes.
Puis maintenant, je me suis mise à créer des formes un peu mystiques (rire), je travaille beaucoup à l’instinct, il y a des formes que j’ai depuis toujours en moi qui reviennent au fil de mes créations, qui sont peut-être des formes cosmiques ou de la nature, je les laisse arriver et je les retrouve partout aussi bien dans mes pastels, mes collages, mes huiles. D’où mes mirages, le thème de ma précédente exposition.
Vous sources d’inspiration sont donc très ancrées dans la nature seine-et-marnaise ?
Oui, mais pas forcément, mes œuvres sont beaucoup ancrées dans la nature, mes voyages. Il y a aussi tout les souvenirs de ces voyages qui reviennent : l’eau, la mer, le ciel. Pour moi c’est un tout un peu indissoluble. Aujourd’hui je m’enferme dans mon atelier, je vais plus peindre sur place (exemple dans la forêt), je préfère garder les souvenirs en moi et les ressortir sous une forme plus émotionnelle et abstraite.
Je suis aussi revenue à la photo, je prends beaucoup de photos, je fais des photos montage avec, je m’amuse parfois à les retravailler sur ordinateur.
Je les prends avec un œil de peintre, c’est souvent des gros plans ou des formes bizarres. Je les découpe aussi parfois comme mes collages en peinture pour faire un photomontage original.
Par exemple cela donne une fleur de pierre ou un nid galactique.
L’exposition d’Avon, quel est son thème ?
C’est sur le thème des mirages, sauf que j’ai rassemblé uniquement les tableaux qui sont les plus abstraits. Les tableaux sont des huiles, des pigments, des collages, quelques pastels, c’est un peu la façon de je rêve la vie, la nature.
Quels sont les lieux que vous aimez en Seine-et-Marne ?
En dehors de la forêt Fontainebleau et de Barbizon (où je suis vice présidente de l’association Barbizon Ombre et Lumière), il y a des endroits qu’on connaît moins comme la réserve naturelle entre Chartrettes et Livry-sur-Seine (qui a été déclarée réserve naturelle, il y a pas très longtemps), j’avais les parades nuptiales il y a peu de temps sur les Sablières, c’était extraordinaire, où instinctivement on est obligé de baisser la voix tellement le spectacle est beau. Il y a aussi Moret-sur-Loing, j’ai eu d’ailleurs l’un de mes premiers grands prix en peinture à Moret-sur-Loing pour une peinture que j’ai faite sur la Seine et la forêt.
En tant que passionnée et journaliste, écrivain sur les grands de la mer, que pensez-vous de Maud Fontenoy ?
Maud Fontenoy, ce qu’elle a réalisé c’est exceptionnel, c’est une très grande navigatrice. Pour moi les navigateurs sont les sportifs les plus complets, car en plus d’être sportifs, ils doivent avoir de bonne connaissances dans divers domaines : les mathématiques, les sciences, l’informatique…
Une fois arrivé à l’exposition à la mairie d’Avon, Anne Réale nous parle d’un côté créatif qu’elle n’avait pas abordé lors de l’interview chez elle.
Avez-vous des thèmes qui reviennent dans vos poèmes par rapport à vos créations en peinture (voir poèmes ci-dessous) ?
Oui, il y a des thèmes qui reviennent, qui sont liés à la nature, un petit peu à ma vision cosmique. Il y en a sur les mirages, sur les chants des espaces, donc c’est une explosion d’émotion à partir de ce que je ressens en hiver, en été, devant la Seine, devant les orages… l’amour aussi bien sûr.
J’ai aussi parlé au travers d’un poème de la façon dont peut naître un tableau.
J’ai longtemps écrit des poèmes, et j’en ai ressortit en préparant cette exposition et je me suis aperçu que les poèmes représentaient exactement ce que je voulais exprimer au travers de mes ouvres en peinture.
Ces poèmes ont parfois été au cours d’autres peintures et finalement au niveau créatif tout ce rejoint. J’en ai quand même écrit quelques un spécialement pour cette exposition.
L’exposition rencontre un grand succès avec de nombreux messages dans le livre d’œuvre, si vous passez à Avon, n’hésitez pas à aller la découvrir.
Mai 2007
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Poèmes d'Anne Réale
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Chant des Espaces
Espaces d’éternité
Nuit infinie
Fureur des sphères
Mortelle prière
Accords cosmiques
Obscures rythmiques
Rayons verts
Bleu du Père
Mystère vibrant
Sublime néant
Infinie lumière
Vogue en éternité
Solitude Plénitude
Solitude
Aux frises de l’aube
Bises piquantes,
Brumes acides
Larmes de vent
Le jour s’étale
Tombent les heures
Roulent les rôles
Le temps s’affole
On caracole
Les loups enfin
Doux lointains
Ombre rampant
Sourire chantant
Plénitude
Lune et soleil s’embrassant
A l’horizon des couchants
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Mirages
Mirages bleus
Nés du Feu
Lumineux zigzags
Promesses vagues
Vagues d’avatars
Miroitants hasards
Mirages blancs
Nés du Vent
Mirages du Parfait
Mirages de l’Imparfait
Mirages d’éternité
Puissants, indifférents,
Chimères du Temps
Mirages des confins
Mirages du présent
Mirages de nulle part
Mirages de toute part
Mirages d’envie
Mirages de Vie Naissance d’un tableau
Frénésie des pinceaux,
Papillons des couleurs,
Tourbillons de l’auteur, funambule fragile.
Instant de grâce entre le parfait et l’imparfait
Eclair fugitif capté sur l’arête de la montagne :
A gauche le précipice où tout peut basculer,
A droite, l’infini, le sublime, l’inaccessible…
Le miracle est fugace,
Surgissant à main levée, léger comme une aquarelle.
Son fantôme erre, d’orages en volcans,
Ephémère paradis, vol d’émotions,
Luttes, voltiges !
Le regard devine ces errances du temps et de l’espace,
Un remords en filigrane,
Une ligne interrompue,
Une couleur morcelée.
Des paysages se dessinent, la vie se profile.
Un blanc d’hiver dérape en glaces,
Un vert printemps explose en ocres,
Un bleu d’été s’évanouit en gris,
Des nuages éparpillent les roses,
Une fenêtre solaire s’ouvre au ciel,
Un anthracite sombre en terre.
Les merveilles s’annoncent, naissent, disparaissent,
Resurgissent où on ne les attendait pas,
La toile s’emballe, file, insolite,
En perspectives exaltantes ou terrifiantes,
Courants mirifiques, cascades de couleurs,
Déferlantes de lignes, audaces stellaires…
Nager vers la rive des classiques ?
Rebondir vers le nombre d’or ?
Ou filer dans l’ouragan des envolées sans frontières…
Vient le moment suprême où il faut s’arrêter.
Signer ou déchirer, clore l’aventure,
Accrocher l’œuvre, affronter l’attention.
La dernière touche est aussi la clef des créations de demain…
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