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Maud Fontenoy
« Ce défi, c'est une façon de réaliser une aventure humaine,
une envie de transmettre certaines valeurs, de vivre en harmonie avec la nature et la mer »

 

 
Maud FontenoyAprès les traversées à la rame de l'Atlantique Nord en 2003 et celle du Pacifique en 2005, la navigatrice meldoise va s'élancer début octobre pour un tour du monde à la voile, et à contre courant. Partant de l'Ile de la Réunion, elle passerera par le cap de Bonne-Espérance, le cap Horn, les mers du Sud, les 40ème rugissants et les 50ème hurlants en plein Pacifique, pour un retour sur l'Ile de la Réunion cinq mois plus tard.
Entretien téléphonique avec cette passionnée de la mer.


Vous conviez des enfants à chacune de vos traversées. Quelle est l’importance pour vous de faire participer des écoles, dont l’école de Guyemer de Meaux ?
J’avais envie d’apporter une certaine ouverture aux enfants, de leur montrer d'une part qu’on peut avoir des rêves, qu’on peut les réaliser, que ça représente énormément de travail, de persévérance, de volonté. Mais aussi qu’il faut avoir confiance en soi, se battre pour obtenir ce que l'on veut, ça ne tombe pas tout cuit. D'autre part, il y a ce partenariat avec le musée de la marine. On se concentre sur la connaissance des grandes découvertes en mer, beaucoup de matières associées au tour du monde. Et puis il y a un travail avec la fondation Nicolas Hulot, Défis pour la Terre, dont je suis l’ambassadrice. C’est une façon de faire participer les enfants, de les responsabiliser à la protection de la planète pour en faire des « ambassadeurs ». Car ce sont eux qui apprendront à faire des gestes simples au quotidien.

C’est donc aussi un aspect écologique que vous voulez mettre en avant ?
Oui bien sûr. Déjà parce que la mer est belle. Je parle des baleines, des dauphins, des poissons volants aux enfants. Si on veut que la mer, ses profondeurs et sa faune incroyable restent belles et fassent autant rêver, il faut les protéger. C’est déjà en faisant aimer ce milieu qu’on a envie d'en prendre soin. Et puis par rapport à cela il faut savoir que 60 % de la pollution de la mer vient de la terre. Nous devons vraiment prendre conscience que c’est nous qui polluons. Aujourd'hui on est dans un engrenage de gaspillage. On ne fait attention à rien. On demande énormément à la planète. Or celle-ci a tiré le signal d'alarme en indiquant qu'il y avait surchauffe, que ce soit avec la canicule, les inondations, les cyclones, la fonte des glaces. Elle est en train de nous dire que ça ne va plus. Il faut essayer d'expliquer ça avec des mots très simples, dire à chacun que nous sommes responsables de notre planète. Il faut agir, par exemple en ne laissant pas le robinet ouvert quand on se lave les dents, trier ses déchets, ne pas laisser les fenêtres ouvertes quand le chauffage est allumé.

Comment les enfants vont-ils participer à votre périple ?
Un mini-pc course sera installé dans le hall de l’hôtel de ville de Meaux. Et en plus de pouvoir visiter le musée gratuitement, ils pourront me parler grâce aux vacations sons qui auront lieu une fois par semaine. Il y a également le site Internet du défi www.maudfontenoy.com. En cliquant en haut à gauche, on tombe sur le propre site des enfants. Ils pourront poursuivre l’aventure, apprendre des choses sur la mer, écrire des messages. De plus, je vais au maximum visiter des écoles qui suivent mon épopée. Je suis très présente dans la ville de Meaux. Mais j’essaie d’être un peu partout. Il y a beaucoup de petits qui me suivent depuis l’Outre-Mer : de Saint-Pierre et Miquelon, de Polynésie, de Nouvelle-Calédonie, et bien sûr de l’Ile de la Réunion, de l’Ile Maurice. On essaie d’attirer le maximum d’enfants et de faire un lien entre eux. Je tiens également à ce qu'ils sachent que l’Ile de la Réunion c’est français.

Justement, pourquoi avoir choisi l'océan Indien, et partir de l’Ile de la Réunion ?
En fait j’ai toujours choisi de valoriser l’Outre-Mer. Dans l’Atlantique Nord je suis partie de Saint-Pierre et Miquelon. Dans le Pacifique je suis arrivée aux Marquises. Et maintenant j’ai choisi l’Océan Indien, l’Ile de la Réunion, île française que j’aime beaucoup. C'est aussi pour être solidaire de cette période difficile qu'elle a connu, avec cette épidémie de chicungugna, et une façon de les soutenir, de mettre un coup de projecteur positif sur ce petit bout de France loin de nous, mais qui regorge de merveilles.

Comptez-vous tenter de battre le record de Jean-Luc Van Den Heede, navigateur qui détient le record du tour du monde à l'envers ?
Le tour du monde à contre courant est à contre courant dans la volonté de ne pas faire comme tout le monde, d'être un peu en marge du monde de la course et du record. Pour moi c'est plutôt une façon de réaliser une aventure humaine, une envie de transmettre certaines valeurs, de vivre en harmonie avec la nature, avec la mer. Ce n'est pas une façon pour moi de dire il faut aller le plus vite possible pour gagner une journée. Je ne suis pas dans une mentalité de record. J'essaie plutôt de montrer aux enfants qu'on est pas obligé d'arriver premier pour se réaliser, pour vivre son rêve et pour s'accomplir.

Vous avez inauguré votre bateau « L'Oréal Paris » le 30 juin dernier à La Rochelle. C'est l’ancien bateau de Jean-Luc Van Den Heede, détenteur du record du monde à l'envers en 2004. Pourquoi avoir choisi celui-ci ?
C’est le seul bateau qui existe pour réaliser des tours du monde à contre courant. Il a été construit pour ça. J'avais donc deux choix : ou construire un nouveau bateau, ce qui aurait pu prendre entre deux ou trois ans, ou racheter un bateau qui existait. J'ai opté pour cette solution. Ce bateau est parfaitement adapté à ce parcours, parce qu’il a été testé, « retesté », amélioré. Et c’est pour moi une réelle opportunité de pouvoir le garder et de lui faire faire un ultime tour du monde.

Se préparer à un tel défi, 5 mois seule, sur un bateau de 26 mètres de long, pesant 30 tonnes demande un certain entraînement physique et psychologique. Décrivez-nous un entraînement type.
Ce qui est important quand on part dans un projet c'est de bien le comprendre et bien travailler pour le réaliser. Ca passe par acheter le bateau, trouver des partenaires, beaucoup naviguer, comprendre comment fonctionne le matériel à l'intérieur de l'embarcation. C'est une préparation psychologique qui se fait sur du long terme car on travaille le projet pendant près d'un an avant de partir. Ca représente beaucoup de temps. On a vraiment hâte d'en découdre. Et puis la préparation physique c'est tout simplement de naviguer au maximum sur le bateau, et d'essayer de faire, en plus, du jogging, des pompes et des abdos le soir quand on rentre. Il faut quand même se maintenir en forme car c'est un appareil qui est quand même très physique.

Prochainement, vous partez pour l'Ile de la Réunion pour « peaufiner » les derniers détails ?

Je pars dans deux jours, le 16 juillet, pour emmener par la mer le bateau à l'Ile de la Réunion. Je vais naviguer pendant un mois et demi en partant de La Rochelle, en passant par le sud, donc par le Cap de Bonne-Espérance. Je serai à la Réunion fin août début septembre. Je pars début octobre pour le tour du monde. Je reviendrai un petit peu en septembre en Seine-et-Marne pour préparer mes affaires, dire au revoir.

Vous avez écrit deux livres à la suite de vos précédentes traversées. Peut-on s'attendre à un troisième ?

En général, quand on écrit, on a envie de pouvoir transmettre un message, de le partager au maximum. Quand on a un projet on est un petit peu comme devant une très grande montagne. Il ne faut pas trop regarder le sommet qui est encore dans le brouillard. Il faut procéder étape par étape. C'est ce que j'essaie de faire. Je me dis que je pars déjà pour l'Ile de la Réunion amener le bateau, après je pars pour le tour, après je serai à la mi-parcours. J'espère pouvoir écrire un bouquin. Mais à priori, oui, c'est fort probable.

Merci d'avoir répondu à nos questions. Toute l'équipe de la-seine-et-marne.com vous souhaite par avance un bon défi.

Merci à vous et à très bientôt.

Site de Maud Fontenoy : www.maudfontenoy.com

Sophie Olejniczak – Juillet 2006  
 
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