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Muntu Valdo
"Cet album, c'est une façon d'inciter les gens à tuer le diable qui est en nous"
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Il est à la fois homme orchestre, harmoniciste, guitariste et chanteur. Son premier album, Moiyé na Muititi, est un mélange détonant de blues, de bossa, de jazz et de funk. Nous avons rencontré cette figure montante originaire du Cameroun, à l'occasion de son concert à l'Espace Saint-Jean de Melun, le 19 mai dernier. Il nous parle de son album, multi-culturel.
Gods and Devils (Moiyé na Muititi, des Dieux et des Diables) est votre premier album. Pourquoi ce titre ?
C'est tout simplement la description du monde tel que je le vois aujourd'hui. Il est fait de dualités, le bien et le mal, le jour et la nuit, les hommes et les femmes. Cet album est autobiographique dans un certain sens, mais pas complètement. C'est le premier que je signe. Ca se traduit notamment par le parcours qu'est le mien depuis que j'ai commencé à parler, à décrire le monde, à l'analyser en tant qu'enfant, adolescent et même en tant qu'adulte.
L'album est trilingue, (douala, anglais, français). Une façon de rendre hommage aux différentes cultures que vous avez connues ?
Tout à fait. C'est le reflet de ma triple culture. Le monde, comme il est actuellement, est à dominante anglo-saxone, d'où le titre Gods and Devils. Il s'intitule également des Dieux et des Diables parce que le français est la principale langue dans laquelle je m'exprime. Moiyé na Muititi vient de ma langue natale, le douala.
Comment s'est passé l'enregistrement ?
L'album a été enregistré à 70 % à Douala, au Cameroun, dans des salles de spectacle. C'est du semi-live. Toute la section rythmique, batterie, basse et même guitare rhtmique est faite live. Il se dégage de ce disque une certaine chaleur. De plus, j'ai le privilège d'avoir à mes côtés un des piliers de l'enregistrement, à savoir Calvin Yugye. Il a fait des choeurs, des percussions et de la batterie. Une autre partie s'est faite en France, pour les possibilités en terme de qualité technique. Je l'ai mixé et masteurisé ici. J'ai procédé à des petites corrections, et j'ai rajouté 3 morceaux. Voilà un peu l'histoire de cet album.
Vous avez crée votre « groupe » en 1998. Votre album est sorti en 2005. Pourquoi un laps de temps aussi long ?
Il y a trois raisons à cela. D'abord je n'étais pas prêt. Mais surtout, je n'avais pas encore les moyens de créer un album, et je n'avais pas rencontré de producteurs assez convaincus ou assez engagés pour le produire. En attendant, je jouais en tant que musicien de live. Ma vie se passe d'abord sur la scène. Et puis il y a eu les collaborations avec des artistes comme Lokua Kanza, Keziah Jones, Rido Bayonne et bien d'autres.
Gods and Devils est un album autoproduit. Avez-vous tout de même bénéficié d'aide pour le réaliser ?
Bien sûr. Le terme autoproduit signifie souvent qu'il n'y a pas de labels, de tourneurs, d'agents, toutes les structures lourdes qu'il y a autour d'un album. L'artiste contrôle en partie la chaîne de production, de la maquette jusqu'à la version finale. A côté de cela, j'ai reçu l'aide de musiciens, d'ingénieurs comme Etienne Colin. Au niveau de la réalisation pure, j'ai bénéficié du concours d'un ami français, Jean-Marie Humbert, avec qui j'ai co-réalisé l'album. Il a assuré la partie son et enregistrement. Sans oublier aussi l'aide financière de plusieurs personnes, surtout la SACEM (Société de gestion collective du droit d'auteur pour la musique). Sans elle je n'aurais jamais pu sortir l'album. Il était déjà réalisé. Mais après la conception il fallait pouvoir le dupliquer, faire des pochettes etc..Elle a pensé que mon projet tenait la route et m'a accordé une subvention. Au final, beaucoup de personnes ont participé à son élaboration. Je les en remercie. 
Certains de vos morceaux figuraient sur des compilations, par exemple AutoProdJazz de la Fnac Forum des Halles (Paris) en octobre 2004, avant même la sortie de votre album.
En France oui. Le premier titre de mon disque a figuré dans cette compilation, qui a très bien marché. C'est ce qui m'a donné le courage de vouloir le produire moi-même. Tous les vendeurs à la Fnac, tous les gens qui écoutaient ma musique me disaient : « Sors ton album, ton morceau est très beau ». Il s'agit de Léta, qui est en première plage de la compilation.
De quoi vous inspirez-vous pour écrire vos chansons ?
De tout. De mon vécu, du vécu des autres, de ce que je vois, de la nature. Je suis inspiré par tout ce qui m'entoure, le monde, ce que je vois à la télé, à la radio. Je ne suis pas quelqu'un qui a une vie focalisée sur un seul domaine. Mon inspiration, c'est un peu le reflet de mon esprit ouvert.
Quel message voulez-vous délivrer avec cet album ?
Je parle des hommes que nous sommes, de l'humain principalement. Il est à la fois un dieu et un diable. Un dieu dans sa faculté d'écrire. On voit que les humains ont crée beaucoup de choses, avec les inventions technologiques, la science, les arts. Mais je pense qu'on a encore beaucoup d'efforts à faire pour s'améliorer. Je crois que l'espèce humaine est la pire espèce de la création. En ce sens qu'elle détruit en général. Tout ce que l'on a de mauvais sur cette terre vient principalement de notre mauvais comportement. Cet album, c'est une façon d'inciter les gens à tuer le diable qui est en nous, le côté diabolique. Le titre Gods and Devils est également le titre d'une chanson. Elle représente la vision globale de l'album.
Avez-vous un morceau préféré ?
C'est très difficile de choisir. En fonction du contexte, je suis plus sujet à en chanter tel morceau plutôt qu'un autre. Mais sur cet album, les 16 étaient mes préférés au moment où j'ai enregistré. J'en ai des tas en réserve.
Justement, à quand votre prochain album ?
J'aimerais bien qu'il y en ait un prochain tout de suite. Mais il faut les moyens. Ceux qui ont la chance de venir me voir en concert ont l'opportunité d'écouter des morceaux qui ne sont pas dans cet album. Ils entendent en prime ce qui figurera dans un support gravé peut-être dans deux, trois, quatre, ou cinq ans.
Vous ne faites qu'un seul concert en Seine-et-Marne. Envisagez-vous de vous y reproduire ?
Si ça plaît oui. J'en profite pour remercier le service culturel de Melun, notamment Sylvie Paraiso et Claire Le Palaire. J'espère que ma prestation leur aura plu et aura su les convaincre pour que je revienne une prochaine fois.
Sophie Olejniczak – Mai 2006
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