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Interview du Dr Frédéric Lecoq
Président de l'association SOS Médecin Nord Seine-et-Marne
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Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer SOS Médecin en Seine-et-Marne ?
SOS Médecin existe depuis 30 ans, ça a démarré à Paris et l'historique de cette création c'est un peu un fait tragique. C'est un médecin qui était généraliste et qui avait son cabinet, le Dr Marcel Lascar, de retour d'un week-end, il apprend qu'un de ses patients dont il s'occupait est décédé le samedi soir, et ce parce qu'il n'avait pas pu avoir de médecin. Cela l'avait vraiment perturbé surtout que dans son immeuble on pouvait avoir un plombier 24h/24.
De ce fait avec un ami médecin, il a décidé, en se servant de ce « SOS plombier », de faire une permanence le soir, du coup les gens qui avaient besoin d'un médecin en ville pouvaient appeler quelle que soit l'heure.
Aujourd'hui, c'est 70 associations, 1 000 médecins, plus d'un million de visites par an et donc un nom qui est connu, reconnu et apprécié à sa juste valeur à la fois par la population et par l'institutionnel, c'est-à-dire par le SAMU, la DASS, etc.. qui ont bien vu l'intérêt pour le patient dans la permanence de soins.
C'est le grand mot à la mode en ce moment et il fallait trouver une solution dans une période où il y a à la fois moins de médecins, une fidélisation de la médecine, de plus en plus de difficultés à trouver des médecins en dehors des heures d'ouverture normales de cabinet. Il y avait aussi le problème des urgences qui étaient souvent engorgées par des motifs qui pouvaient relever plutôt de la médecine générale que de l'urgence absolue.
Donc dans ce cadre de synchronisation, dans le 77, il y a 3 associations qui gèrent les horaires de permanence sur le site qui fonctionne 24h/24.
Il y a deux associations SOS Médecins en Seine-et-Marne, une à Melun et une à Meaux et une autre association issue de la scission de SOS Sud qui s'est séparée en deux et qui se sont partagé le territoire de façon différente.
La Seine-et-Marne c'est un territoire qui est un peu sinistré du point de vue médical car il y a peu de médecins, c'est l'une des plus faibles densités de médecins en France et c'est trois fois moins que la région parisienne avec une géographie un peu différente car il y a à la fois de la vraie ville et de la campagne profonde, c'est très difficile à gérer.
Nous existons ici depuis moins de 20 ans, et maintenant on est 13 médecins, nous couvrons l'essentiel du secteur de visite 24h/24, 7 jours/7, 365 jours/an.
Lors de l'organisation de la permanence des soins en Seine-et-Marne, le préfet, et donc la DASS qui est son bras médical armé, nous ont demandé ce qu'on pouvait faire sur le Nord du département qu'on couvrait partiellement en visites. Mais tout ce qui est au nord de la N3, si vous avez remarqué, c'est la campagne profonde et à Meaux il n'y avait rien donc ils nous ont demandé si on pouvait couvrir en visites tout ce secteur, si on avait les effectifs nécessaires.
Comme nous aussi on était en recherche d'un local pour installer une consultation et qu'en plus Meaux est au centre du secteur, on a proposé d'ouvrir ici une consultation sur Meaux. Par contre on fonctionne uniquement en consultation sur Meaux, on ne se déplace pas en visites et pour le moment on ne fonctionne qu'aux horaires de permanence de soins, c'est-à-dire tous les soirs de 20h à minuit et tous les dimanches et jours fériés de 8h du matin à minuit.
Maintenant c'est notre base, avant on était à Jossigny.
Le premier étage, c'est notre secrétariat administratif. Notre standard est délocalisé dans l'Essonne et gère plusieurs SOS Médecin en Ile-de-France.
Le secteur que nous couvrons entièrement en visites, c'est ce qu'on appelle abusivement le secteur de Chelles mais qui va en fait de Ozoir-la-Ferrière jusqu'à Claye-Souilly et en implantant notre consultation à Meaux on couvre au même titre qu'une maison médicale tout ce secteur.
On a des gens qui viennent de l'Aisne, de l'Oise, ce sont des gens qui venaient de loin pour aller à l'hôpital avant.
Comment faites-vous face à l'augmentation de la population, notamment sur le secteur de Marne-la-Vallée ?
On a commencé à 3, aujourd'hui on est 19 en comptant les remplaçants.
Le dimanche matin en hiver, on est 10 à travailler en même temps, en soirée on est 6 ou 7. En été, on est un peu moins nombreux.
Comme tout est informatisé, on se sert de nos statistiques de l'année précédente pour savoir quels seront nos besoins en effectifs. Et si besoin, on embauche des médecins.
Comment fonctionnent les médecins qui sont ici, ils sont indépendants ?
On est tous titulaires, on est tous installés à SOS Médecins. Du point de vue légal on est comme un gros cabinet de groupe.
Certains ne font que du SOS, certains ont d'autres activités et ne viennent que si il y a besoin.
On est assez bien organisés pour gérer le planning. Certains ne travaillent que la journée, d'autres le soir, d'autres la nuit.
Finalement il n'y a pas grand-chose d'imposé puisque le planning se remplit de lui-même. Il y a juste un minimum d'heures à effectuer dans l'année, ensuite chacun fait ce qu'il veut. Ceux qui veulent travailler beaucoup, travaillent plus.
Dans ceux qui ont d'autres activités on a beaucoup de médecins qui font le SAMU, des rapatriements sanitaires,. ça leur permet de gérer leur emploi du temps, leur activité. Ils sont indépendants, ils ne sont pas installés dans notre cabinet. Certains sont même salariés, ils travaillent à l'hôpital mais n'ont pas de cabinet, leur cabinet c'est donc ici.
On a tous une formation ou une expérience en médecine d'urgence, on est tous passés par le SAMU.
C'est une obligation ou c'est un plus l'expérience du SAMU ?
Rien n'est obligatoire mais on recrute beaucoup dans le SAMU.
Ce sont des personnes qui on une optique différente de la médecine. Ils ont une activité qui est dans le camion, ils sortent, ils ne restent pas au cabinet. Ils ont une expérience bien définie là-dessus. Souvent, c'est par ce biais là que nous les recrutons.
Les remplaçants qui aiment bien avoir une activité régulière, sans prendre trop la voiture, au chaud, c'est sûr qu'ils ne vont pas vraiment venir faire du SOS.
Cela dit on a tout de même un médecin qui a vendu son cabinet pour venir rejoindre SOS Médecins.
Donc, si je comprends bien, c'est avant tout une vocation, une envie ?
Ce n'est pas que c'est une vocation, je suis arrivé par hasard. Je travaillais comme interne et un médecin m'a dit « si tu veux faire des remplacements, vient voir comme ça se passe », et donc j'ai vu et je suis resté. C'est le hasard de la vie.
Mais il y a d'autres médecins qui veulent absolument faire du SOS et qui viennent directement ici.
Tant qu'on n'a pas essayé on ne sait pas bien comment ça fonctionne.
Après, en tout cas pour notre association, au niveau du fonctionnement, chaque médecin peut adapter son activité, il sait à quelle heure il commence et à quelle heure il finit. Ce qui n'est pas toujours le cas en cabinet « classique ».
Certes c'est plus fatigant, il est dans sa voiture, mais il peut gérer son activité comme il le souhaite.
Les médecins de ville sont souvent débordés, ils ne font pas forcément ce qu'ils veulent.
Est-ce qu'il y a des cas particuliers sur lesquels vous intervenez ?
On intervient sur tout ce qu'on nous propose qui ne relève pas de la médecine programmée. On ne fait pas de vaccination, pas de renouvellement d'ordonnance. Ca c'est le travail du médecin généraliste, du suivi.
Nos appels viennent soit directement des patients eux-mêmes, soit ce sont des parents angoissés pour leur enfant qui a de la fièvre et dont le médecin ne peut pas venir car il est débordé ou le cabinet est déjà fermé. La pédiatrie, c'est pratiquement 40 à 50 % de notre activité.
15% de nos appels nous sont transmis par le SAMU, soit parce qu'ils ne relèvent pas du tout du SAMU et donc c'est de la visite classique (les gens n'ont pas toujours le numéro de SOS), soit il arrive que le SAMU hésite à envoyer une équipe (notamment en cas de douleur thoracique douteuse qui ne ressemble pas vraiment à un infarctus) parce qu'ils sont limités en terme d'effectif.
Ils savent que nous sommes équipés d'électrocardiogrammes et qu'on sait les lire. Ils peuvent donc nous demander, de façon ponctuelle, d'intervenir pour une visite urgente et donc d'aller voir sur place et de les rappeler pour faire un bilan. A la vue de ce bilan, soit ils envoient une équipe si ça se confirme, soit on leur évite de sortir pour rien. Mais si on suspecte un infarctus, on rebascule directement.
Il y a une ligne directe entre le SAMU et SOS sur laquelle ça rebascule si ça sature vraiment. On peut toujours s'appeler l'un et l'autre en direct sans délais.
On a une convention avec le SAMU dans le cadre de la permanence de soins qui définit un peu notre mode de fonctionnement et comment on interagit l'un avec l'autre pour les douleurs thoraciques ou les demandes d'hospitalisation d'office ou d'un tiers en cas d'agitation d'une personne.
Vous devez avoir parfois certaines difficultés quand vous allez chez les gens, surtout la nuit ?
Oui, d'ailleurs c'est une des raisons pour laquelle on avait quitté Meaux. C'est vrai que nous avions quelques petits problèmes de sécurité à Meaux en ce qui concerne les visites sur Beauval ou la Pierre Colinet . et on avait quitté le quartier car on a eu plus de problèmes en 6 mois qu'en 10 ans sur un autre secteur. On a eu des agressions physiques verbales, des véhicules dégradés.
Sinon globalement, sur notre secteur actuel, il n'y a pas de soucis majeurs. De temps en temps, il y a un pneu dégonflé ou quelque chose comme ça. Mais on a pas eu de machine à laver balancée depuis les toits comme les pompiers ou la police. On n'est pas des cibles.
Vous pouvez nous parler de l'association SOS France ?
Avec SOS France dont je m'occupe, on va avoir une activité humanitaire.
Il y aura donc SOS France humanitaire qui, avec le SAMU Social, a pour but d'aller former les équipes localement, essentiellement en Afrique, aux gestes de premiers secours, aux premiers soins. On a une équipe qui est déjà partie l'an dernier pour évaluer les besoins. Maintenant les premières équipes vont partir en juillet, une d'elles va au Mali.
Plusieurs pays d'Afrique sont prévus sur l'année 2007-2008.
Je fais partie du conseil d'administration de SOS France et je suis président de l'association SOS Médecin Nord Seine-et-Marne.
Chaque association est représentée au sein de SOS France, après il y a un cercle plus restreint qui est le conseil d'administration.
Coordonnées
SOS Médecins Nord Seine-et-Marne
0 825 33 36 15
SOS Médecins Brie-Senart- Melun - Fontainebleau
0 820 077 505
Juin 2007 |
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