Yves Duteil et les associations
On connaît votre engagement auprès de nombreuses associations. Les problèmes de santé et d'environnement vous touchent particulièrement ?
Oui, d'abord parce que très souvent les deux sont liés. L'environnement conditionne bien souvent notre santé. A travers ce qu'on mange, à travers ce qu'on respire, à travers ce qu'on boit. Et donc je crois que l'environnement est un sujet majeur, qui d'ailleurs, à mon sens, ne devrait pas être véritablement politique. Ca devrait être universel. Et ça devrait être le fait d'humanistes, de scientifiques... et on se rend comte aujourd'hui que les enjeux de l'environnement sont essentiels et pas toujours respectés.
Ils sont même parfois transgressés par des intérêts supérieurs financiers, économiques, dogmatiques, idéologiques et à côté de la plaque, à côté de la réalité du risque qu'on court en oubliant de respecter à la fois nous-mêmes, la planète, l'espace, tout ce qui nous environne et dont on dépend étroitement. Donc l'environnement est un sujet pour moi extrêmement important, parce qu'il induit le respect. Le respect pour l'avenir, le respect pour nos enfants, le respect pour notre lieu de vie.
La santé ? oui, parce que je crois, on dit « tomber malade », on dit aussi parfois « attraper une maladie », mais il y a des maladies qu'on va chercher, qu'on attrape, et puis il y a des maladies qui vous tombent dessus, et où la malchance est en jeu. Je pense qu'il y a une grande part d'ignorance aujourd'hui dans les problèmes de santé. Je pense que la médecine n'est pas une science encore exacte. Et qu'il nous reste beaucoup à découvrir là-dessus.
Mais je pense que c'est très important de soutenir la recherche, c'est très important d'accompagner le mouvement de l'encouragement à reconnaître certaines maladies orphelines, à faire connaître l'existence de certains troubles, d'expliquer que la mort subite du nourrisson c'est pas forcément de la responsabilité des parents, que les parents d'enfants autistes n'ont pas fait quelques chose de particulier pour en avoir, que tous les handicaps sont à la fois des différences qu'il faut prendre en compte pour montrer qu'on peut valoriser aussi les différences dans ce sens, c'est-à-dire que les gens qui ont un handicap parfois ont développé d'autres facultés que des gens en bonne santé n'ont pas développé à ce point.
Donc tous ces aspects de la maladie, c'est aussi l'affaire des gens qui sont en bonne santé. Parce que s'ils sont solidaires des malades, ils vont pouvoir aussi apporter une contribution à la recherche de solutions, de prévention, d'aide à vivre simplement la maladie, et une forme de solidarité supérieure qui fait qu'on a tous besoin les uns des autres. Donc je pense que la santé c'est aussi un des sujets majeurs qui devrait nous occuper. La médecine chinoise, par exemple, paie les médecins quand on est en bonne santé, et on arrête de le payer quand on est malade.
C'est un système basé sur la prévention, sur le fait de rester en bonne santé. Or aujourd'hui la médecine dans sa philosophie traite les malades une fois qu'ils sont déjà en plein dans le déséquilibre. On n'a pas cette philosophie de la prévention, souvent, pas plus dans l'environnement que dans la santé.
Dans vos chansons vous abordez aussi très souvent le thème de l'enfance, c'est également un engagement pour vous ?
Oui c'est un engagement, un engagement d'adulte responsable. Les adultes sont responsables des enfants. Les enfants n'ont pas la capacité de jugement aussi développée, on peut leur raconter un peu ce qu'on veut. Donc les adultes sont extrêmement responsables de ce qu'ils disent, de la protection qu'ils exercent sur eux.
Et je pense que ça n'est pas anodin de dire cela car ça ne se fait pas tout seul. Je pense que l'histoire de la convention des droits de l'enfant est très significative. Ca n'est pas une évolution simplement du temps, c'est l'impulsion de personnes qui ont agit pour montrer qu'il fallait faire quelque chose, et en la mémoire de qui, on a fini par faire quelque chose. Ce pédiatre polonais, qui a protégé des enfants dans un orphelinat, jusqu'au moment où il a été lui-même rattrapé par les allemands pendant la guerre, et qui, pour protéger tous ces enfants est parti avec eux en camp de concentration. ( Il est ici question de Janusz Korczak, écrivain, médecin et éducateur juif polonais, entré dans l'histoire pour avoir accompagné jusqu'à la mort, au camp de Treblinka, les orphelins du ghetto de Varsovie, ndr ). Il a donc décidé de partir avec eux en camp de concentration et il est mort avec eux. Mais la trace qu'il a laissée, les écrits qu'il avait laissé, montraient qu'il fallait s'occuper des droits des enfants, autrement qu'en considérant que c'était les mêmes droits que ceux des adultes. Donc à la mémoire de cet homme-là, on a écrit une Déclaration des Droits de l'Enfant, qui était le pendant de la Déclaration des Droits de l'Homme.
Et on s'est rendu compte que la déclaration ça n'était pas assez forte, que ça n'engageait personne. Donc à un moment donné, on a transformé cette Déclaration en Convention. Parce qu'une convention, c'est un acte par lequel des pays s'engagent en signant, puis la convention est ratifiée par les Parlements, ça a donc valeur juridique. Et à partir de cet instant-là c'est un engagement, puisque, quand on ne respecte pas cet engagement on peut être condamné. Donc on se rend compte que l'évolution des droits n'est pas simplement le fait du hasard et de l'évolution du temps. Ce sont des actions humaines. Donc il faut fabriquer des avancées dans ce domaine-là.
Et on a cette responsabilité en tant qu'adulte, on a cette responsabilité en tant qu'élu, mais on l'a en tant qu'homme et en tant que femme, en tant que parent, en tant qu'enseignant, on l'a en tant que « grand ». Donc pour moi ça a aussi, une importance capitale, parce que si l'on donne aux enfants des armes pour mieux connaître leurs véritables droits, on pourra espérer qu'ils soient les premiers remparts de leur propre protection pour se défendre contre les adultes. Donc voilà pour moi à quel stade on peut situer la responsabilité des adultes par rapport aux enfants. Maintenant, on doit, parmi les droits des enfants, ils ont aussi le droit d'être aimés. C'est aussi une façon de regarder l'enfance, tout simplement en se disant que ce sont des êtres qui ont le droit d'être aimés, le droit d'avoir un nom, une famille. Donc pour moi l'enfance, c'est en plus extrêmement émouvant, on n'a pas besoin de se forcer pour être sensible à l'enfance.
C'est pour cela qu'on retrouve souvent ce thème dans vos chansons ?
Oui. Et ça n'est jamais vraiment prémédité. C'est comme ça, ça revient, c'est au milieu des autres thèmes. On a fait un livre dans lequel on a justement regroupé toutes les chansons par thème, il y a tout un chapitre, une trentaine de chansons sur l'enfance, il y a des chansons d'engagement, des chansons sur l'amour, mais l'enfance a une grande part dans l'écriture de mes textes.
Interview réalisée par Claudine Alves (2005)
Voir l'interview de 2008
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