Yves Duteil et la Seine-et-Marne
Enfin, pour finir, vous êtes maire de votre commune depuis longtemps, contrairement à beaucoup d'artistes qui une fois célèbres, bougent sur Paris, vous n'avez pas quitté Précy-sur-Marne. Y a-t-il des lieux en Seine-et-Marne auxquels vous êtes particulièrement attaché ?
Ah oui, je suis très très attaché à la Seine-et-Marne, très attaché à Précy. Pour moi c'est un lieu où j'ai mis mes racines. Et je dis « j'ai mis mes racines », mais mon épouse c'est pareil. Cette maison on y est arrivé il y a, à peu près une petite trentaine d'années. En 77 exactement, donc ça fera 30ans dans deux ans.
C'est un endroit qu'on a découvert parce que des amis très proches habitaient dans le secteur et qu'on cherchait une maison dans ce coin-là.
Mais entre temps, on y a vécu, et puis il s'est trouvé que les évènements ont fait qu'on est devenu élus du village. Ca nous a fait encore plus aimer ce village et ces gens, les habitants, avec lesquels on a entretenus des rapports quasi familiaux, et qui nous ont témoigné beaucoup de chaleur au moment où on a traversé cette épreuve.
Et je dois dire que certainement, ça a contribué à ce qu'on reconduise l'expérience de se présenter à la mairie, là pour la troisième fois. On a le sentiment que la société civile, c'est-à-dire des personnes comme vous et moi, qui ne sommes pas du tout destinés à faire de la politique, peuvent s'occuper de la gestion d'un espace où ils vivent, je ne dirais pas aussi bien, parce que ça serait présomptueux et ça n'est pas à moi de juger, mais avec autant et peut-être d'avantage de passion qu'un technicien de la politique qui va appliquer des principes. Là on est dans un espace dans lequel on va vivre les conséquences de nos décisions, et les partager avec ceux avec qui l'on vit. Depuis quinze ans on voit l'évolution du village.
On est assez heureux de voir que ce travail porte ses fruits, que le village change, qu'il évolue. Et que les idées, les projets qu'on y pose sont en phase avec notre vision de l'existence. Mais surtout, quand on est élu d'un village, ça n'est pas comme dans une entreprise où on travaille pour soi, là on représente des gens qui vous ont fait confiance. Donc on a des comptes à rendre, et on partage aussi un esprit d'équipe, avec en l'occurrence une dizaine de personnes, avec lesquelles on réfléchit en parallèle, en réflexion croisée, et qui contribuent toutes à alimenter le débat, et les idées. Et on s'aperçoit que dans ce cadre-là, on pense mieux à plusieurs que seul. Et que les projets évoluent de façon très lente, très progressive, mais ça s'inscrit dans la pierre et dans la terre.
Tout ce qu'on a écrit pendant ces quinze années, c'est une véritable évolution sur un tout petit espace, mais qui est extrêmement intéressante, extrêmement attachante. On apprend l'urbanisme. On apprend l'environnement parce qu'on en fait au quotidien. On a des projets qui sont extrêmement vastes, extrêmement porteurs d'espoir pour l'avenir mais qui s'inscrivent en paperasse et en dossiers, en dossiers de subventions à monter, il y a vraiment une énorme part à la fois technique et ennuyeuse mais quand on ne perd jamais de vue le but, ça devient très intéressant, très passionnant. Et je crois qu'à la longue, une population comprend qu'on est simplement dévoué à la cause du lieu où on habite, et que ça n'a rien à voir, mais alors rien à voir avec la politique, c'est vraiment de la citoyenneté.
C'est un engagement quasi associatif, et une façon de changer de façon permanente le cours des choses, mais en toute humilité, avec simplement l'intention de vivre mieux, et de faire vivre mieux tout le monde.
Ca veut dire que quand on est jusqu'à une heure du matin au conseil municipal pour choisir la couleur d'un réverbère ou le style d'un lotissement, on crée quelque chose qui va s'inscrire pour 50, 100 ans, 150 ans. Un plan d'occupation des sols ça s'inscrit pour une durée de ce calibre là. Même si ça a une quinzaine d'années de vie ça donne une impulsion dans une certaine direction, ça protège l'environnement contre les constructions, ça induit un certain type de développement donc ça induit surtout un certain type de rapport entre les gens. Et c'est ça notre plus grande fierté, c'est d'avoir fait évoluer les relations entre les gens dans le village.
Interview réalisée par Claudine Alves (2005)
Voir l'interview de 2008
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