La 23ème édition de la célèbre manifestation, les 10 et 11 juin derniers, a connu un immense succès. Le beau temps, la chaleur et la bonne humeur étaient au rendez-vous.
Au programme : musiciens, saltimbanques, spectacles, mais aussi artisans. Fabricants de couteaux, de cornes à boire, d'instruments de musique, de figurines ... Nous en avons rencontré quelques-uns.
Franck Herpin, coutellerie, forgée main
« Cela fait dix ans que je participe aux médiévales de Provins. Je reproduis des couteaux médiévaux, en partant de l'époque celte, 10ème, 11ème, 12ème, 13ème, 14ème et 15ème siècle. Je fais également, sur place, une démonstration, en utilisant différentes techniques de l'évolution de cet outil.
Pour fabriquer un couteau, on part d'une barre d'acier. On commence à étirer une fois la partie qui va rentrer dans le manche. Puis on profile la lame. On allonge la matière pour passer à l'étape suivante qui est l'allongement des tronçons. On aplatit de plus en plus, de chaque côté. Ensuite intervient un polissage de la matière. On trempe, pour bloquer les molécules d'acier, afin que le couteau ne soit pas cassant. On termine par l'emmanchement, qui est fait dans le bois.
La fabrication d'un couteau peut varier d'un quart d'heure à une semaine. Une semaine c'est pour les couteaux en damas feuilleté. Ce sont plusieurs plinthes d'acier et de fer qu'il faut superposer, mélanger ensemble, souder, replier, torsader. On utilise des techniques mérovingiennes, carolingiennes, abandonnées au début du 11ème siècle ».

Eric alias Cornemel (au milieu) et son équipe, Hérault (34)
«Je fabrique des cornes à boire et de l'hydromel. Je travaille sur des cornes de races de vaches locales. A la base, elles sont à l'état brut. Après un long processus, elles deviennent complètement propres. Je les mets de côté pendant six mois. Ensuite elles sont sablées, intérieur et extérieur, puis poncées. Elles sont nettoyées à la pression d'eau, javelisées et rincées à nouveau à l'eau. Je les sèche et je les finies à la cire d'abeille. Je fonds la cire et je la mets à l'intérieur de la corne. Je termine par le polissage. La durée de fabrication des cornes est variable. Cela peut mettre entre cinq ou dix minutes, voire plus.
Je fais aussi des olifants en cornes de zébu, qui sont des cornes plus grandes. L'olifant est un instrument de musique à vent de la famille des cornes. Je fabrique également de l'hydromel, appelé également chouchen en breton. C'est du vin de miel. L'hydromel est certainement la première boisson alcoolisée bue par les hommes, avant la bière et le vin. C'était la boisson des Celtes, des Vikings et de leurs dieux, ainsi que celle des dieux de l'Olympe. C'est fabriqué avec de l'eau de miel fermentée ».
Stanislas, Atelier « A coeur vaillant », Parthenay, Deux-Sèvres
« Nous travaillons principalement le cuir, et plus spécifiquement la maroquinerie de luxe. Nous nous adressons plus particulièrement aux capitaines, artisans, maîtres artisans, grands nobles, bourgeois etc, qui trouvent peu de matériel luxe leur correspondant dans l'univers médiéval.
Nous fabriquons des objets civiles et militaires. Des fourreaux d'épée toutes époques, des bourses, des escarcelles et des besaces. La seule différence c'est que nous, nous ne travaillons qu'avec des produits, au niveau des cuirs, qui viennent de chez Chanel, Dior.
Le fourreau de base (ndlr : la gaine dans laquelle vient l'épée) est replié et cousu sur l'extérieur. Dès que l'on commence à monter un peu en gamme, on va faire en sorte que la couture devienne invisible. On va coudre de l'intérieur. Et plus on monte dans la gamme, plus le fourreau sera fabriqué de manière sophistiquée. On part sur la base d'une couture invisible. Ensuite on vient y mettre des décorations. Sur celles-ci on rajoute un cuir de haut niveau, un cuir très fin. Par la suite on peut encore le décorer avec de la pyrogravure. Cela peut mettre une journée et demie pour fabriquer un fourreau entrée de gamme, et jusqu'à trois, quatre, cinq bonnes journées pour un fourreau de luxe. Un de nos produits qui marche également très bien, c'est le gant à trois doigts. A la fin du Moyen-Age, il permettait de conserver la chaleur des moufles tout en gardant la pince du gant à cinq doigts ».

Association ardéchoise « Les chiens du Vivarais »
« C'est notre première prestation aux Médiévales de Provins. Notre association présente des ateliers sur l'héraldique, (science des blasons), l'explication du costume en général, surtout le Moyen-Age, l'herboristerie, et un coin cuisine.
Quant à moi, je suis luthier professionnel. Je fabrique des instruments du Moyen-Age. Au début de cette période, ils étaient monoxyles, c'est-à-dire taillés dans une seule pièce de bois. Pour être plus précis, on prenait une bûche, on la fendait en deux et on la creusait à la manière d'une grosse cuillère. De cette façon, on formait la caisse de résonance, et donc l'instrument. On y posait notamment des cordes en boyaux, comme pour le rebec, l'ancêtre du violon. Après, selon l'instrument, la fabrication devient différente. La durée de travail varie également selon les produits. Pour un rebec par exemple, c'est une semaine de travail.
J'utilise des bois distincts. Chacun a ses qualités de résonance. Il y a beaucoup d'arbres fruitiers : le poirier, le noyer, le pommier. Mais également des bois comme l'érable, beaucoup de cèdres et d'épicéas. Ces derniers sont employés pour fabriquer les tables d'harmonie ».
Patrick, faiseur de lutin (Estramiac, Gers)
« Cela fait trois ans que je participe aux médiévales. Je suis faiseur de lutin, Je crée des personnages sur le monde féérique, en pâte à modeler, en terre, en bois. C'est tout un art de travail. Ce sont des pièces uniques sur le monde des lutins, des fées, des farfadets, le monde elfique en d’autres termes. Je fabrique surtout des pendentifs, mais également tout un tas d'accessoires, porte-encens, cendriers, porte-briquets, miroirs. Celui que je fais en ce moment, je le travaille sur de la terre, de l'argile. Il va être cuit après. C'est le même système que la faïence. Pour la pâte à modeler, pour les couleurs, j’utilise de la pâte Fimo. C'est une pâte que l'on modèle, puis que l'on passe au four afin de la durcir. Elle se présente sous forme de pain coloré. Cela représente des journées de travail. Entre le modelage, la fabrication, la cuisson, la peinture. Je fabrique plusieurs modèles en parallèle ».
Pour plus d'informations : http://www.provins-medieval.com
Sophie Olejniczak – Juin 2006
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